Tableau 1 : Prélude
Matin. Brume. Champs. Un monstre s'extrait lentement de la terre sur le prélude de l'Or du Rhin (Das Rheingold).
Tableau 2 : Animal-Humain ou Dionysos et la naissance de la tragédie
Une fête devant une auberge. Alcool à profusion, bouteilles, chants, danses, hommes chemises ouvertes, mains sous les jupes des filles, disputes, baisers brûlants, débordements,
frénésies, pertes de maîtrise. Ivresse.
Un homme se dégage peu à peu et s’éloigne en titubant. Il tombe. Se relève. Et danse. Une danse qui n’appartient plus à l’homme. Une danse d’un temps qui n’existe pas.
La fête s’évanouit. Tous quittent l’auberge. Reste l’homme, dansant avec le diable.
Une vache apparaît. Elle s’approche de l’homme. L’homme embrasse la vache. Enlève son pantalon. Pénètre la vache. Jouit.
Et déchire la nuit.
Tableau 7 : Evolution insidieuse sans hiatus de la personnalité 1
Un jeune garçon marche le long d'un chemin de hallage. Deux femmes marchent à sa rencontre. Le garçon fixe les femmes. Elles le croisent sans y prêter particulière attention, et
poursuivent leur chemin. Le garçon se retourne et observe les deux femmes.
Tableau 10 : Interrogatoire
Blouse-Blanche
L'étable. Soyez plus précis.
L’homme
Je ne vous dirai rien, vous le savez.
Blouse-Blanche
Que s’est-il passé?
Temps.
J’ai besoin de votre collaboration.
L’homme
Je suis l’éternel martyr. J’ai accepté toutes les soumissions. Toutes les railleries. Mon histoire est celle de l’oppression. La souffrance séculaire faite chair. Depuis des
siècles, je ne construis que du sable. Je suis l’échec éternel. Je suis celui que l’humanité ne voit pas. L’éternel malade. Le fou. On ne m’a jamais donné ma chance. Je ne compte
pas. J’ai travaillé pourtant. Je n’ai fait que travailler. Jour et nuit. Heures après heures. J’ai construit. Construit. Dieu que j’ai construit. Les projets les plus
révolutionnaires. Les immeubles les plus hauts. Les histoires les plus fortes. Les expériences les plus complexes. Les oeuvres les plus éternelles. J’ai travaillé plus que tout
autre, pour vous... J’ai tant cherché à vous plaire, à vous aider, à vous élever. Pourquoi taisez-vous mon travail de titan ? Je suis l’éternel exploité. Je vous ai tant
cherché ! J’aurais tout donné pour vous, pour un seul de vos regards, une seule de vos attentions, un seul de vos gestes. Je n’ai fait que vous donner et vous servir et vous
aider. Vous n’avez rien voulu. J’ai construit les pyramides les plus hautes, les murailles les plus fortes, les gratte-ciel les plus beaux. Vous ne m’avez pas reconnu. Aujourd’hui
je me lève. Je construirai pour ne plus vous servir.
Tableau 15 : Evolution insidieuse sans hiatus de la personnalité 2
Un jeune garçon marche le long d'un chemin de hallage. Deux femmes marchent à sa rencontre. Le garçon fixe les femmes. Elles le croisent sans y prêter particulière attention, et
poursuivent leur chemin. Le garçon se retourne et observe les deux femmes. Les femmes complotent. Et rient. Et se masturbent.
Tableau 20: The ride of the Blouses blanches - Part One
L’homme est à sa table. Il écrit. S'arrête. Reprend. Il se lève. Fait quelques pas. Cherche. Revient à la table. Ecrit deux mots. Repart. Marche. Cherche. S'arrête. Lève les yeux
vers le ciel. Illuminé.
Musique. The Ride Of The Walkyries. Une blouse blanche surgit. Deux. Trois. Une dizaine de blouses blanches courent en tous sens, s'arrêtant de brefs instants pour communiquer par
groupe de deux. Les informations passent ainsi de blouse-blanche à blouse-blanche, dans un vertige de courses saccadées et aux lignes brisées par the Ride.
Une chevauchée chaotique et désordonnée, comme une quête urgente et désordonnée. Images. Une vache. Puis une autre. La charolaise. L'Irlandaise. La normande. Succession d'images
de vaches. De champs. Rythme saccadé. Puis d'autres animaux. Moutons. Chèvres. Regards Caméra. Smokings et tenues de soirées applaudissant. L’homme sourit. Avec grâce. Aimée
entre. Elle s'apprête à chanter. Le visage du psychiatre.
La musique s'arrête brutalement et les images s'évanouissent.
Tableau 23 : Substitution
Un couple avec enfant se tenant la main. Aimée seule. Distance incommensurable entre eux. Ils se regardent, silencieux.
Aimée
Je suis venue.
Temps.
La femme
J’ai parlé avec ton mari.
J’ai parlé avec ton fils chéri.
Nous sommes d’accord tous les trois.
Nous pensons qu’il n’est plus nécessaire de faire tout ce trajet pour venir jusqu’ici. C’est loin pour toi et tu dois être fatiguée. Nous sommes très inquiets. Tu es si blanche.
Et si maigre.
Aimée
Je suis venue.
Je ne suis pas fatiguée.
Je suis si heureuse de vous voir. Mon fils. Mon mari. Ma soeur chérie.
Aimée veut s’approcher.
La femme crié
N’approche pas !
Aimée s’immobilise.
La femme
Nous ne souhaitons pas te voir ma soeur.
Ton mari ne veut plus de toi.
Et ton fils… Ton fils, il faut le protéger…
Ton fils a besoin d’être accompagné.
Et j’ai peur. J’ai peur de toi.
Aimée
Mon enfant…
Aimée veut s’approcher.
La femme
Je m’en occupe. Je lui donne tout ce dont il a besoin à son âge. Je m’occupe de lui. Tout va bien. Ne t’inquiète pas. Il a de moi tout ce qu’il aurait pu te demander. Tu n’as
aucun souci à te faire. Rentre. Rentre chez toi. Tout va bien. Je m’occupe de tout, ma soeur chérie. Ton fils grandit et il est heureux. Je l’aime et il m’aime. Rentre. Tu te fais
trop de soucis. Tu es si blanche et si maigre. Repose toi. Tu ne devrais pas travailler autant. Repose toi. Les trajets et les voyages sont éprouvants ces temps-ci. Ne t’inquiète
plus. Je m’occupe de tout. Et sache que nous t’aimons. Nous t’aimons beaucoup. Tu es, comment dire…, tu es originale. Tu as toujours été originale. Nous t’aimons comme cela. Ne
t’inquiètes pas. Tout va très bien ici.
Tableau 25 : Evolution insidieuse sans hiatus de la personnalité 3
Un jeune garçon marche le long d'un chemin de hallage. Deux femmes marchent à sa rencontre. Le garçon fixe les femmes. Elles le croisent sans y prêter particulière attention, et
poursuivent leur chemin. Le garçon se retourne et observe les deux femmes. Les femmes sont des monstres.