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Ajac. – « Ce qu'ils t'ont fait Menda… regarde ce qu'ils t'ont fait. Je te tiens tout entier dans mes bras et ce n'est qu'un petit tas de chair calcinée et de tissu mêlés. Menda, Menda, tu me glisses entre les doigts. Je suis ton garde du corps, comme tu étais le mien… est-ce que tu te souviens ?…Nous étions liés par ce serment-là. Chacun de nous devait veiller à s'occuper du corps de l'autre s'il lui survivait. Veiller à glisser le corps de l'autre dans la terre. Nous avions prêté serment… cela me rendait fort de savoir que tu aurais veillé sur mon corps et que, où qu'elle soit, tu serais allé chercher ma dépouille… pour que la pluie ne la pourrisse pas, pour que les chiens ne s'en nourrissent pas, pour qu'ils ne me marchent pas sur le visage avec leurs bottes lorsqu'ils entreront dans la ville. Où est ton visage Menda ? Regarde, regarde ce qu'ils nous ont enlevé. Je ne vois plus tes mains. Je cherche en vain dans ce tas de chair rouge la forme d'un corps. Qu'est-ce que je peux faire maintenant Menda ? Tu étais plus grand et plus fort que moi et je te tiens tout entier dans mes bras comme on tient un enfant ou un petit animal. Aujourd'hui tu n'es plus que cette bouillie de chair et de tissu qui saigne. Je ne reconnais plus rien de toi. Plus qu'un noeud de viande qu'il faudrait jeter aux ordures ou aux chiens. Ils t'ont tué deux fois Menda… et cette deuxième mort nous sépare à jamais… parce qu'elle m'empêche de m'acquitter de ma part du serment. Ils t'ont disloqué et je ne sais plus où pleurer. Et je ne peux plus fermer tes yeux, laver ton visage et disposer tes mains paisiblement sur ton torse. Je ne peux plus rien de tout ça. Où irai-je chercher dans ce sac de viande qui me coule sur les bras des cheveux à peigner ?  »

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