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LIVRE

Le Proviseur interroge l’Elève.
LE PROVISEUR. Pourquoi ? Tu sais pourquoi ? Ca t’a rapporté quoi ? Réponds-moi. Tu nies que c’est ton travail ? Alors ? Je ne t’ai pas vu le faire. Personne ne t’a vu. Je t’accuse parce que je sais qu’aucun de mes autres élèves ne l’aurait fait. Ca porte ta marque partout. Et tu l’as fait seul. Tu ne pouvais pas impliquer quelqu’un d’autre. Les autres ne seraient pas si bête. Tu ne vas pas parler ? Je considérerai ton silence comme un aveu de culpabilité. Alors ? Merci de ne pas me faire perdre mon temps avec des démentis puérils. Au moins tu m’épargnes cela. Ce n’est pas que tu manques d’effronterie pour nier ça et pour laisser le blâme retomber sur une personne innocente. Mépris égoïste du bien-être des autres. Mais tu es trop habile pour essayer. Oui, ça, ça t’a fait me regarder ! Tu sais que tu ne t’en tireras pas à bon compte. Pourquoi tu l’as fait ? J’aimerais une explication - ou au moins une excuse. Prends ton temps. Je peux attendre.
Le Proviseur sort un livre dont les pages ont été tailladées.
LE PROVISEUR. La destruction pour l’amour de la destruction. Prends-le. Tu as honte de le tenir dans tes mains ?
Le Proviseur essaie de donner le livre à l’Elève. L’Elève le refuse. Le Proviseur enfonce un coin du livre dans la poche de l’Elève et recule. Le livre tombe par terre.
LE PROVISEUR. Tu veux être renvoyé ? Ne regarde pas par la fenêtre quand je te parle. Ne regarde pas par terre. Je suppose que tu penses que ce silence fait de toi un dur ? Tu n’es pas obligé de te conformer parce que tu es spécial ? Trop bon pour nous ! Tu ne l’es pas. Je les ai vus debout là où tu es - les sans-espoir, les losers. Je te vois d’ici cinq ans. Je te lis comme ce livre - sauf qu’il a plus de sens que toi, même dans l’état lamentable auquel tu l’as réduit... (...)

LEÇON

L’INSTRUCTEUR : L’histoire entière de l’humanité est dans le fusil. Les sauvages qui ont jeté des pierres - utilisé les premières frondes - tiré les premières flèches - aidé à fabriquer le fusil. Les premiers miniers ont creusé le minerai - les premiers fondeurs ont fait le métal pour les marmites et les poêles - et plus tard ils l’ont raffiné pour fabriquer le canon. Les premiers maréchaux-ferrants ont créé le savoir-faire pour lui donner sa forme. Ceux qui frottaient les silex l’un contre l’autre ont créé l’étincelle qui a permis le mécanisme moderne de la mise à feu. Le minerai et le silex on les obtenait par le commerce. Il a donc fallu des bateaux et des routes et des marchés et des comptables. Les alchimistes ont essayé de transformer le plomb en or. Ils ont instruit les chimistes qui ont découvert la poudre à canon. Les experts ont inventé le calibre pour que le fusil tire plus loin et vise plus juste. Ils ont inventé l’optique pour voir la nuit et compenser notre cécité naturelle dans l’obscurité. Les inventions sont fabriquées lorsque nous sommes prêts à les utiliser. Si on avait tout d’un coup donner des fusils aux armées qui combattaient avec des lances, elles se seraient exterminées comme si elles avaient des armes nucléaires. Tu ne serais pas là. La télé, les avions et les ordinateurs non plus. Toutes ces choses-là sont dans ce fusil. Le tireur isolé et l’arme d’assaut ensemble. Poids quatre kilos. Canon quatre-vingt-quatre centimètres. Calibre Standard 7,6 de l’OTAN. Vitesse initiale 860 mètres par seconde. Propulsion à gaz. Intensification de l’image par l’utilisation de la longueur d’ondes de la lumière visible. Vue nocturne par infrarouge. Tes mains tiennent l’histoire de la science - le monde moderne. Respecte le fusil. Manie-le comme le chirurgien manie le scalpel dans le cerveau. Si tu le cognes, il ne sera plus d’aplomb. Prêt - mets-toi à l’aise. Décontracté. La tension donne des secousses au fusil : tu rates ton coup. Ca ne tue pas. Cran de sécurité. L’Elève relâche le cran de sécurité et suit le reste des instructions. Doigt sur la détente. Vise le bas du soldat en carton. Tire doucement l’index vers toi en ramenant le mou. Lorsque tu sens qu’il résiste tu as atteint le moment de tirer. Retiens-le. Remonte soigneusement, doucement - jusqu’au cercle concentrique sur ta poitrine. Quand le viseur est dans le cercle et qu’il se trouve au centre - juste quand il le touche : tire.
L’Elève tire une balle. L’INSTRUCTEUR : Cran de sécurité.
L’Elève met le cran de sécurité.
VOIX, off. Cercle intérieur !
L’INSTRUCTEUR. En progrès. La prochaine fois dans le mille. Debout.
L’Elève se met debout. L’instructeur prend derrière lui la baïonnette de son fourreau. L’instructeur accroche la baïonnette au fusil. L’INSTRUCTEUR crie. Haa ! C’est quoi maintenant ? Un couteau! Une lame ! Un couperet ! La plus vieille chose du monde ! Haa ! Haa ! Attrape-le - empoigne-le - prends-le ! Plus fort ! Poigne d’un homme fort ! Exerce-toi pour quand tu seras mort ! Fait une démonstration. Fonce ! Pousse ! Pare ! Plante ! Tue ! Dedans ! Tourne ! Dehors ! Haa ! Haa ! Tend le fusil à l’Elève. Prends-le. L’Elève prend le fusil. Attrape-le - empoigne-le -saisis-le ! Plus fort ! Plus fort ! Haa ! Haa ! Serre-le ! Fonce ! Pousse ! Plante ! Tue ! Tue ! Tue !
L’Elève gesticule avec son fusil. (...)