«Il y a de longues années que je porte ces pages sans pouvoir me résoudre à les écrire. Maintenant que tout le monde est mort depuis longtemps déjà et que ma fin elle-même n’est point si lointaine, il est grand temps de rappeler ce meurtre collectif. (…) Longtemps j’ai rejeté cet héritage. Pourquoi devais-je endosser le manteau de douleur? Me complaire dans le rôle de victime par transmission? Commémorer les dates marquant le désastre? Tout cela appartenait au passé. Je n’en voulais pas, j’étais dans un autre univers, le mien, dans une autre langue, la mienne, avec une autre histoire, que je partageais, qui fondait ma façon de voir le monde, de le comprendre. (…) Et il y avait le monde à explorer, à parcourir, d’autres luttes, immédiates, un présent qu’on pouvait peut-être changer, des conflits où s’impliquer, l’odeur de poudre et d’espoir d’un monde en train de se faire tandis que des peuples se libéraient. Quand mon père, puis ma mère sont morts et que les circonstances s’y sont prêtées, j’ai désiré, après tant d’autres luttes auxquelles j’avais participé, m’incliner enfin devant ce passé dont je n’avais pas voulu et qui longtemps ne m’a plus occupé. Il est juste, enfin, d’accepter l’originelle blessure et d’en assumer la douleur, pour un dernier adieu.»
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ISBN : 9782260016380