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Constance.- Mettons les choses au point je vois que vous êtes deux à m'attendre toi Taupin je t'aime comme si tu étais mon enfant et vous tous soldats je vous ai aimés comme si vous étiez mes enfants! Fraîchement inaugurées mes trompes de Fallope isolent à jamais mes ovaires je n'aurai pas d'enfant à part vous mes soldats qui étiez mes enfants je viens de le dire mais je le dis encore parce que ça m'exalte et j'ai pris le pouvoir sur mon corps et je lui interdis d'enfanter et cela m'exalte aussi c'est vrai je suis exaltée! Je vais la regretter sans doute la douleur joyeuse de mettre au monde un petit gniard bouleversant parce qu'il est gluant et qu'il sort de notre sexe et qu'il rappelle aussi le fameux splendide coït qui a permis de pondre un petit oeuf mais tant pis j'ai tellement aimé mes petits chéris que j'ai plus du tout de réserves d'amour et vlan j'annonce la couleur!

Taupin.- (à Constance) Veux-tu que je m'en aille?

Constance.- (à Wolf) Veux-tu qu'il s'en aille?

Wolf.- (à Constance) Taupin n'a plus de couilles!

Constance.- Qu'il reste!

Taupin.- Merci!

Constance.- Et tous ceux que j'ai aimés (à wolf) - eh non tu n'es pas le seul il y en a eu beaucoup d'autres - je les ai aimés avec mon corps mais surtout avec mon coeur et mes tremblements mes gémissements tout cela venait d'abord du coeur c'était la guerre et je ne pouvais pas l'oublier la guerre et c'est la guerre qui me l'a faite cette blessure à la hanche une balle "pan" dans la hanche! Et sous vos étreintes je ne pouvais l'oublier cette hanche et cette guerre et la blessure toute fraîche et la cicatrice que je voulais cacher par pudeur cacher à l'homme qui jouissait et à qui j'offrais cinq minutes de plaisir entre deux mitrailles ah soldats la plupart tombés au champ d'honneur que je suis fière d'avoir accueilli sur ma poitrine toutes ces poitrines à présent transpercées et que je récurais d'abord parce que c'étaient des poitrines sales!

Wolf.- Salut Constance!

Constance.- Oui je t'aime!

Wolf.- J'en étais sûr!

Constance.- J'ai connu ainsi toutes les variations de l'amour on dit que la tendresse fait fondre c'est vrai j'ai fondu et ce fameux "coup de foudre" qui fait aimer de suite c'est vrai aussi je regardais un soldat et je l'aimais c'était un coup de foudre une vraie passion qui n'est que le hasard d'un sourire qui s'attarde de la forme d'un nez d'une nuance dans la couleur des cheveux et ça y est la machine se détraque on n'espère plus que ça mordre ce sourire et l'interrompre pour être bien sûr que la bouche qui sourit elle est à la hauteur qu'elle le mérite ce sourire que le nez et la nuance dans les cheveux on va les louer le plus longtemps possible et pour mieux jouir de la petit location on est capable d'inventer les gestes de l'amour qu'on ne connaissait pas encore et on les invente comme ça à cause du nez des cheveux du sourire ah que j'aimais louer ces corps quand je dis louer ça ne veut pas dire louer comme on le dit en temps de paix ça veut dire voler à la mort la vie à la guerre ces hommes parce que je suis du genre à garder tout pour moi moi et je les aurais gardés plus longtemps encore si j'avais pu ces nez ces cheveux ces sourires qu'est-ce que j'ai fondu et qu'est-ce que j'ai reçu comme coups de foudre ai-je plus fondu que je n'ai eu de coups de foudre? Je crois que j'ai beaucoup fondu la passion c'est très fatigant. (...)

(...)
Taupin.- (à Constance) S'il n'était pas déjà mort je le tuerais ce gros fumier!

Wolf.- (à Constance) Ah je m'étais dit elle va venir à moi avec le petit va-et-vient de ses hanches de gauche à droite et puis de droite à gauche et tu es venue avec le petit va-et-vient mais il y avait déjà Taupin et tu n'es plus qu'une morue ah j'ai envie de mourir!

Constance.- Tu veux mon couteau de cuisine?

Wolf.- Méchante!

Constance.- Je l'ai tué un dimanche avec mon couteau de cuisine je l'ai levé au-dessus de son cou je me suis dit: il faut trouver le bon endroit et j'ai trouvé le bon endroit! Entre Noël qui, en principe, était mort. Ah ce n'était pas le bon endroit! (à Wolf) Tu as été mon premier amour et le premier on ne l'oublie pas!

Wolf.- (désignant Noël) C'est lui ton premier amour!

Noël .- (à Constance) Bonjour!

Constance.- (à Wolf) C'est toi! Tu n'as plus qu'une main et je t'en aime d'autant plus donne ta main celle qui te reste que je la couvre de baisers ah que c'est beau une main d'homme surtout quand elle est l'unique ah les beaux doigts ah les belles veines que je suis heureuse que tu n'en aies plus qu'une je vais mieux m'en occuper puisqu'elle est toute seule et cependant c'est celle que tu as perdue qui comptait pour moi et tu sais bien pourquoi! Mais ça ne fait rien je vais reporter toute la tendresse qui m'attachait à la main coupée sur ta main vivante ah la main coupée comme elle était ma favorite c'est cette main tu t'en souviens qui cueillait mêlée à mes deux mains les fameux bigarreaux les balles sifflaient autour du cerisier et nous étions dans les préludes de l'amour quand j'ai vu ta fameuse main celle qui n'est pas là aujourd'hui se saisir des bigarreaux je savais ce que j'allais lire dans ton regard et j'y ai lu ce que je savais que j'y lirais tu saisissais les bigarreaux comme tu aurais saisi ma cuisse et tu l'as saisie ma cuisse et elle s'est mise à trembler et l'échelle aussi a tremblé mais c'était une échelle solide et tu m'as dit: vous avez d'adorables cuisses et quand tu as dit ça tu as rougi jusqu'à la racine des cheveux et c'est à ce moment-là quand tu es devenu rouge que tes yeux sont devenus gris parce que tu étais rouge on voyait qu'ils étaient gris et alors j'ai aimé non seulement ton petit rougeoiement mais tes yeux et toi tout entier j'aimais déjà ta main qui cueillait les bigarreaux! Et je te dirai tout à l'heure ce qu'elle est devenue cette main parce que je le sais! A Noël qui depuis un certain temps titille Constance. Va-t-en Vilain fantôme!

Wolf.- (à Noël) C'est à moi qu'elle parle laisse-la causer!

Taupin.- (à Noël) Oh oui toi laisse-la causer!

Noël.- (à Constance) Ah jument!
(...)