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Prologue

Prologue. Dieux.
Plage.
Aube.
Cité détruite.
Celui qui se souvient.

M.
C’était bien avant les invasions.
Avant la bassesse des chefs.
Avant les enlèvements
Avant les énigmes.
Avant les héros.
Les sacrifices.
Le sang.

Un homme ouvre les yeux au milieu de la nuit,
Tiré de son sommeil par un tourment indicible.
Quelque chose est là.
Quelque chose l’observe.
Quelque chose le scrute.
Il se redresse mais ne voit rien.
Se tourne mais ne perçoit rien.
« Qui est là ? »
Le grand silence de la profondeur.
Une ombre cachée dans l’ombre le fixe.
Il ne la voit pas mais sent sa présence.
Quelque chose d’immense le regarde sans se montrer. Il y a Il y a. Jours nuits
Succession de saisons
L’impression grandit sans s’éclaircir.
Quelque chose me regarde.
Jours nuits
Dedans dehors
Quelque chose attend de moi quelque chose que je ne saisis pas.
Jours nuits
Succession de saisons
Neige froid pluie fleurs solitudes et silence secret en son âme, oppression.

C’était bien longtemps avant la grande brûlure.
Un homme parmi les siens veille à la nuit effrayé.
Se levant il réveilla tous les autres et d’une voix blanche
Leur parla :
Il y a une ombre à ma fenêtre !
Je vis depuis longtemps avec la sensation confuse que quelque chose me regarde.
Sa présence fait naître en moi insatisfaction et mélancolie
Solitude inquiétude et soif insatiable d’un infini impossible à nommer.
Si je suis seul alors je suis fou et je mérite d’être chassé d’ici.
Mais si l’un d’entre vous ressent ce que je ressens
Si l’un d’entre vous peut dire chacune de mes paroles qu’il avance d’un pas !

À l’aube, ils s’étaient tous avancés.
« Qu’est ce qui nous regarde ?»
Sacrifice d’une bête précieuse.
Offrande d’un nectar fabuleux.
Prières et supplications
« Qui que tu sois qui me regarde,
Montre-toi à moi,
Montre ton visage si tu as un visage, fais entendre ta voix…
Je t’en supplie je t’en conjure… »
Prière sans réponses
Alors en tremblant
Donner ce qu’il y a de plus précieux.
Un enfant.
Son sang on le fait se répandre.
Mais jamais de réponse. Aux jours de grand vent
Succédèrent les sacrifices des animaux
Aux solstices
Celui des femmes égorgées à l’autel des offrandes
Aux oiseaux on jetait le cadavre des chiens
Les jours de grandes tempêtes
Les sexes pénétraient les sexes.

C’était longtemps avant la débâcle

Un homme se mit à parler :
Rien ne nous regarde.
Illusion. Impression. Folie.
Que du vide. Le vide nous regarde.

Un autre se mit à parler :
Quelque chose nous regarde
Qui n’est pas en dehors de notre tribu. L
a tribu, la tribu nous regarde.

Un autre se mit à parler :
Je voudrais dire vos paroles
Mais un trop grand chagrin m’en empêche
Et je ne peux pas me résoudre à l’idée de me séparer de ce regard.
Car quelque chose de plus grand que le vide

Plus grand que la tribu
Plus grand que tout nous regarde.

La tribu se scinda en trois selon les trois points de vue.
On ne pouvait plus vivre ensemble
On pleura longuement le jour du départ
On découvrait la douleur âpre de la séparation.
Ce matin-là les hommes se mirent en marche
Les uns vers la mer les autres vers les plaines et les derniers vers les montagnes.