Pourquoi Montréal ? On ignore si Omar s’était seulement posé la question. Ce qui est sûr c’est qu’il lui fallait partir. Dare dare. Tout liquider et quitter au plus vite le Liban en proie à une folie meurtière. Et Omar avait embarqué femmes et enfants vers le Canada, sans même prendre la peine de consulter femme ni enfants. Sans même regarder en arrière, en renonçant même à sa vie privilégiée de poète rentier. À Montréal, Omar avait créé une fabrique de culottes qui se vendaient bien, les culottes « Paradise ». Il avait aussi mis ses enfants dans les meilleures écoles, voulu qu’ils soient les premiers, exigé d’eux qu’ils soient solidaires, unis. Bref, il avait fait de sa famille un îlot méditerranéen planté au coeur d’un océan glacé. Un autre paradis en somme. Mais les turbulences de la vie allaient se révéler contraires à la volonté du père et voilà le cocon chaleureux désagrégé et éparpillé comme un archipel aux quatre vents du globe. Des années après, désormais seul avec Radwan son fils fou, à qui il voue un amour fou, Omar meurt. C’est à ce moment précis que la pièce commence. Dès lors, trois voix s’entrecroisent pour dire la destinée d’une famille et les ressorts intimes de sa décomposition : celle du fils aîné, Radwan, le fou, qui se retrouve seul avec le corps du père sans pouvoir accomplir les gestes pour l’enterrer. Celle du deuxième fils, Rawi, devenu Pierre Luc Duranceau, écrivain à succès menant une existence opulente sur la Côte d’Azur, sur laquelle planent les angoisses du secret et du déni. Celle d’Omar lui-même, esprit errant dans les limbes de la poésie universelle, interrogeant sa foi avant de passer dans l’au-delà.
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