"A quoi bon te redire, Marco ? chaque soir te redire ce que j’ai ressenti quand je la vis, à cette porte, si soudainement autre, et te redire une fois encore que soudainement
ses yeux furent dans les miens, et que les miens, cessant à l’instant même d’être les miens, étaient soudainement les yeux de la terre et du ciel, l’oeil du peintre soudain fixé sur
l’éclair de chaos, à l’instant même où je la vis, Marco, le fait est, comprends-tu ? que ce regard était venu spécialement me voir, et que je le voyais moi-même spécialement,
et que nous fûmes soudainement l’un à l’autre, mêlant avec une impudeur soudaine, une impudeur spéciale nos imperfections, comprends-tu ? et les lattes du parquet nous séparant
alors, nous firent soudain autant de barreaux d’une échelle spéciale, grimpant dégringolant de l’un à l’autre, échelle montante et descendante, chacun de nous grimpant dégringolant
dans le regard de l’autre, et cela prit un certain temps, comme tu peux l’imaginer, pour peu que tonimagination, Marco, condescende à me faire crédit, un tant soit peu crédit, elle
était là, bel et bien là, réelle, comprends-tu?"
Extrait, Enzo Cormann
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