theatre-contemporain.net

 
vous êtes ici : Accueil Éditions La Vraie Fiancée En savoir plus
 
Partager ce texte » 
 
 
 

LE PRINCE
J'étais un enfant, l'armure était trop lourde pour moi. Mon père murmurait à mon oreille, il caressait mes cheveux.
"Je serai toujours avec toi", et son cheval était un grand cheval rouge, et le froid est entré en moi quand il a disparu. C'était pendant les guerres, la terre était sans bords, les pères étaient beaux. Quelquefois, la nuit, je pouvais voir du haut de ma fenêtre le miroitement lointain des villes en flammes. J'entendais un grondement chimérique et je pensais entendre le coeur du monde qui battait sourdement.
Je voudrais l'entendre encore.

LA JEUNE FILLE
Viens sur mon coeur, écoute. C'est cela ?

LE PRINCE
Oui.
LA JEUNE FILLE
Il y a quelques heures à peine, j'étais coupable.
Je te donne ma blessure, c'est par elle que tout ce qui est entre dans ton âme. Et maintenant, entends les pierres et les ruisseaux et toutes les choses vivantes qui t'appellent. Vois-moi, entends-moi, sauve-moi.

LE PRINCE
Je te vois. Je t'entends, mais j'ai peur.

LA JEUNE FILLE
Une vie nouvelle s'ouvre à nous.

LE PRINCE
Oui, maintenant je sais ce que c'est que la peur. Je dois retrouver la clairière où j'ai enterré ma couronne.

LA JEUNE FILLE
Tu veux partir ? Déjà ?

LE PRINCE
Il me faut ma couronne pour te demander en mariage. Et rencontrer tes parents.

LA JEUNE FILLE
Mes parents, les voilà ; la nuit et le jour. Tu les connais. Ils me donnent à toi.

LE PRINCE
C'est un prince que tu vas épouser.

LA JEUNE FILLE
L'homme me suffit. Nous pourrions vivre ici, dans cette cabane, sous ce tilleul, il sent bon, les abeilles bourdonnent, tout est plein d'or et de promesse.

LE PRINCE
Cette couronne était à mon père.

LA JEUNE FILLE
Alors va, mais reviens vite.