"Une galerie de portraits, dans l'arrière-cuisine de l'hôtel-restaurant familial, en cette journée particulière du 9 mai 1956. Au premier plan on distingue la figure tragi-comique d'un père, ogre alcoolique, danseur, chanteur, siffleur – de bouteilles et de ritournelles –, tout à la fois tendre crooner et monstre dévoreur drapé d'un élégant smoking. C'est Martin, il a 52 ans. À ses côtés, Elin, 50 ans, “mater dolorosa”, est sa femme, clairvoyante, digne mais fatiguée, assistant au lent et inexorable naufrage de l'entreprise familiale et tenant à bout de bras, avec force et douceur, ce qui peut encore être sauvé des apparences. Georg le fils aîné a 26 ans, le cuir endurci, cette sensation d'être le seul valide et sain et noie ses désillusions dans sa passion du jazz et la vitesse fulgurante de sa moto. Et puis David qui ce 9 mai fête ses 16 ans : à cette heure tout semble encore ouvert et possible. Grandir. Parcours initiatique dans le temps resserré d'une nuit qui sera mère d'un jour à venir, d'un adolescent, adulte en devenir. David est l'incarnation de cette adolescence, de ce moment indicible, de cet état dont notre mémoire ne garde aucune trace objective : entre l'aspiration joyeuse à vivre et la même inclination à mourir, l'attirance de tous les désirs contradictoires, ce printemps des sensations." Christophe Perton.
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