(...)
Leitmotiv du chœur
(ad libitum)
Ah pauvres gens le monde est dur
la vie est dure aux pauvres gens
avec ses dents de pierre
la ville avale les hommes
avec ses dents croque dedans
avale les hommes avec ses dents
Le destin devant nous
affamé nous regarde
et se bricole un bûcher
où nous jeter nous
et le malheur de pacotille
Ô Dieux brûlez-nous
qu'un clarté enfin
nous dévore
(...)
(...)
Vrogne. - Ta gueule Pinaille
tu vas pas recommencer
que ça sent ci ou ça
la merde le fuel ou la pistache
ou quoi encore
que c'est exposé nord nord-est
que le porche de Besançon c'était mieux
ah oui qu'il y avait pas mieux
qu'il y aura jamais mieux
dans ta vie de clou
que le porche de Besançon
Pinaille. - Eh bien oui le porche de Besançon là
sec chaud sans odeur et sans vigile
tu as fait mieux toi ?
Vrogne. - On se met ici
j'ai mal au pied
Pinaille. - Je croyais qu'ils te l'avaient coupé
l'orteil
Vrogne. - On me l'a coupé oui
mais ça change rien
même coupé il fait mal
d'ailleurs quoi Pinaille tu sais bien
c'est ce qu'on n'a plus qui fait mal
qui brûle qui te lance qui te démange
Pinaille. - Ah non moi non
ce que j'ai plus je me désintoxique
je m'en tape
je mélancolise pas
c'est pas malin dans notre gâche
faire comme tu fais
compter ce que t'as pas t'as plus
et que j'te pleurniche
Vrogne. - Où tu as vu que je pleurniche ?
Pinaille. - Mais si Vrogne
désolé que ça t'agace
mais tu pleurniches
tu n'arrêtes pas de faire l'inventaire
de ce que tu as laissé
de ce qui t'a laissé
ça commence avec le pommier de Normandie ou
la cousine aux gros seins
ça continue avec le cassoulet de la Fanfan
le squat de Bercy la couverture
qu'on t'a taxée il y a trois siècles
le bouquin je sais plus quoi
tombé de la poche et la Sylvie
Sylvie ici Sylvie là
Sylvie qui baise en miaulant
Sylvie et ses yeux je sais plus quoi
tu vois j'en ai plein mon sac
de tes souvenirs qui te lancent
même en marchant
tu craches tes poumons
et tes regrets avec
basta Vrogne basta j'en peux plus
Vrogne. - Mais où tu as vu que je pleurniche
o.k. je dis ça o.k. j'ai dit ça
c'est juste pour la conversation
pour ça si je compte sur toi
Pinaille. - Où tu as mis le couteau ?
Vrogne. - Tu manges encore ?
Pinaille. - Ça te regarde ?
Vrogne. - Un peu
écoute vieux t'es pas réglo là-dessus
ça devait faire pour trois jours
et regarde il n'y a déjà plus
Pinaille. - Stop
on recommence pas
d'accord o.k. d'acc
je mange pour trois
mais bon qui c'est qui s'y colle au taf
la manche la grapille et tout
je m'y colle plus qu'à mon tour
alors là-dessus vieux clapet !
je dis rien moi à tes bouquins
Vrogne. - Et puis quoi mes bouquins
cinq francs le bouquin aux Puces
et ça me fait la conversation
pour le mois
Pinaille. - Pour le mois tu parles
tu lis comme un T.G.V.
d'accord o.k.
d'accord
je dis rien
Vrogne. - Dis rien oui
tiens le couteau
(...)