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MARIE : Bien sûr, je me débats comme je peux, avec mes mots. Mais ce sont des mots qui ne supportent pas le moindre geste un peu brusque. Des mots à brûle-pourpoint. ça te serait facile de les envoyer promener avec tes grosses mains...
Pourquoi est-ce que je te dis tout ça ? Parce que je ne suis pas ta femme, ni ta fille. Non, je suis ta petite-fille et ça, c’est nouveau. Nouveau pour toi, nouveau pour moi. Nouveau ! Alors, il faut que l’on en profite pour ne plus rien dire, ni rien faire comme avant. Qu’on en profite, tu entends ? J’adore l’idée qu’il y ait quelque chose de nouveau entre nous. T’adores pas, toi ?

MARIE : Depuis un ou deux mois, elle était toujours fatiguée. Je me souviens du jour où elle m’a annoncé que sa fatigue, c'était pas une fatigue aussi simple que ça. Qu'en fait, c'était une fatigue plus intelligente qu'elle n'en avait l'air. C'est le mot qu'elle a employé : intelligente. Ce jour-là, elle était calme. C'est évident, elle a su tout de suite que c'était une fatigue mortelle. Elle a ajouté : "tu te rends compte, Marie, moi qui ai horreur d'être fatiguée !" Je lui ai dit : "c'est grave ?" Elle m'a répondu : "très". Je lui ai dit : "mais même quand c'est très grave, on guérit." Elle m'a répondu : "j'aimerais bien guérir." Je me suis blottie contre elle et là, elle a murmuré : "j'aimerais bien guérir mais c'est pas obligatoire que la guérison veuille de moi."

MARIE : Je crois qu’elle aurait été très agacée de te voir comme ça...
MAURICE : (surpris) Comment "comme ça"?
MARIE : Debout.
MAURICE : (pris au dépourvu) Debout ? Debout, comment ça debout ?
MARIE : Debout, quoi !
MAURICE : Je ne suis pas si debout que ça !
MARIE : Si, tu es debout ! Tu ne vas quand même pas prétendre le contraire !
MAURICE : Non.
MARIE : Tu es debout, c’est tout, et ça ne va pas. ça ne me va pas.
MAURICE : Alors comment veux-tu que... ?
MARIE : J’sais pas ! Attends...
MAURICE :_ ... que je revienne au canapé ?
MARIE : Surtout pas !
MAURICE : Tu me fais peur.
MARIE : Pas de quoi !
MAURICE : Ou je reste debout, ou je m’assieds. On dirait que tu ne me supportes plus.
MARIE : C’est ça.
MAURICE : Qu’est-ce que tu veux ?
MARIE : Il n’y a rien de naturel, ici. C’est ça. De toute manière, on ne peut pas vivre dans une pièce où il n’y a plus rien.
MAURICE : Tu ne vas pas t’occuper de ma vie ?