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(...)

Je connais un royaume blanc. Viens avec moi, je te conduirai par la main et tu n'auras plus peur. Laissons les morts enterrer les morts.

Pour nous, c'est la rivière de l'oubli, avec ses pierres rondes et ses algues blanches.
Nouveaux rivages de Naxos !

Nous sommes sous la coupe franche d'un jour nouveau
Les cercueils doivent pourrir dans l'atelier de nos pères
Aux fossoyeurs de s'user les mains s'ils le veulent
Qu'ils enterrent des enfants de marbre à notre place

Le vent n'est-il pas là, comme autrefois dans le tilleul jaune ?
Il y a de la musique aux terrasses des maisons nouvelles
N'as-tu pas la liberté de sortir et de choisir une rue ou l'autre ?
T'asseoir sur un banc, ou bien te coucher dans l'herbe ?
Et si tu veux gifler un passant, tu le peux
Et si tu veux oublier dans la minute la minute passée tu le peux.
Tu peux secouer la boue de tes bottes
Tu peux laver ta peau avec un gant de crin
Tu peux aussi dormir tout le jour, joyeux dans ta fange.
Tu peux m'embrasser ou me gifler

N'est-ce pas assez de liberté ?
N'est-ce pas assez d'illusion de liberté pour que tu te fasses plus doux ?
N'est-ce pas assez de miséricorde ?

Voilà le royaume que je t'offre, mon roi.
Le temps est vaincu, nous affirmons
Un pur présent qui est l'éternelle pivoine
Ce royaume n'est riche que de n'être pas encore.
Rien n'est encore.
Viens mordre la clef de ton royaume.

Derrière tes pas, je brouille la piste.
Avec une ramure de laurier s'efface la trace amère

La plaie de ton cœur est plus fraîche que le jour
S'il faut un couteau neuf pour délier le nouveau jour
Prends le mien, il n'a pas tué encore.

Le voile se déchire, nous mettons le pied sur un sable blanc.
La marée a dissous les rancœurs anciennes, la vieille loi est aux abysses
Viens, nous allons décacheter un livre neuf
Je connais un royaume blanc.
On entend un coup de feu.
Maxence. Tu n'es pas mort, je ne le veux pas. Non.
Sors de l'ombre, viens ! Sors de l'ombre.
Maxence sort de l'ombre

(...)

Extrait de L'Exaltation du Labyrinthe, acte 3e, tableau 5