Pour la énième fois, Houdini, enchaîné et cadenassé, est plongé dans l’aquarium, ensuite recouvert d’un velours sombre. Pendant les trois minutes d’attente, son assistante fixe
l’audience. Sait-elle que quelque part son patron a gardé une âme d’enfant. Et qu’en repoussant les limites, il apprivoise le réel, pour en fin de compte conjurer la mort. Pendant
ce temps-là,
le public se paye une bonne tranche de merveilleux en retenant son souffle. Par contre, elle sait qu’Houdini connaît, d’une manière infaillible, la mécanique de ses
astuces. Une fois le rideau tiré, elle ne verra qu’un homme en smoking, toujours enchaîné et
cadenassé, noyé au fond de son bocal. On enchaîne ! Changement de tableau. Houdini est mort ! place à Pilou le chien-sorcier et son fameux tour “Monte là-dessus”. Le
rideau s’ouvre sur un salon chaleureux.
Quelle atmosphère… On se régale d’avance !
Avec l’assurance de celui qui se croit encore en mesure de tenir ses promesses, Jocelyne alias Machoires-cousues s’obstine sur la différence des olives aux anchois et des canapés
parfum pruneaux d’Agen / jambon de Parme. « ‘chais pas vous, mais moi j’attaque !... » Malgré ses faux airs de « tiroir du monde », ce salon ne serait-il pas au fond
le bout de la
trajectoire d’action fulgurante, l’arrivée dans un bled paumé entre cul-de-sac et cambrousse psychologique.
Une sorte de rottary-club du mystère, tout simplement.
Toute représentation publique est strictement interdite sans autorisation.