Je savais son aversion pour les cérémonies, les protocoles, les hommages en tout genre, rendez-vous harassants et morbides où se mêlent aux sincères et muets témoignages de douleur et de peine, hypocrisie, goût de l’exhibition et spectacle d’une affliction mondaine. Je connaissais son amour du verbe, sa passion démesurée pour la musique des mots. Et la musique. Et les mots. J’aimais à l’infini sa poignante solitude. Celle du matin. Celle de la nuit. Celle du café. J’aimais l’éclat soudain malicieux de ses yeux durs qui accompagnaient le verre de vin qu’il portait à ses lèvres. J’aimais l’odeur de ses Gitanes filtres qui imprégnait ses costumes gris et le journal plié dans sa poche, ses doigts, ses cheveux épais. J’aimais la nostalgie de cet homme délicat et rugueux, un homme de la terre et un homme de l’air, sa nostalgie des fruits et des aromates. J’aimais les femmes qu’il aimait et j’aimais les femmes qu’il écrivait. Alors j’ai attendu d’en avoir fini avec les souvenirs du poète. Fini avec les paroles.