| Dominique
Féret Les Yeux rouges mise en scène de l'auteur Extraits : Paulette / Christianne André / Renée Ducey / Charles Piaget
(...)
Vous savez, on a rêvé. Il faut dire la vérité :
on a rêvé. On croyait qu'on allait changer le monde, la société.
Et puis c'était pas vrai du tout ! D'un côté on s'est
fait avoir. On s'est fait avoir. Mais, après tout, on a le droit
de rêver ! Je pense que ça aide à vivre, aussi. On a
rêvé ! C'est quand même des beaux souvenirs. Je
sais pas. Je peux pas vous dire quels souvenirs on a. Mais il y a eu un mélange aussi. Il n'y a pas eu que le monde ouvrier. Il y a eu des gens de partout, des intellectuels, tout ça ! Il y avait un enthousiasme. J'ai beaucoup de bons souvenirs de la première période, 73. Alors qu'à la deuxième, le chômage était plus installé. C'était déjà plus dur. Parce qu'on a peut-être été un peu plus lucide aussi. On s'est bien rendu compte que ce n'était pas facile. L'Interviewer. - Mais la première période... Paulette. - Ça a été très dur quand on s'est retrouvé sans rien. Mais on était tellement soutenu ! On a été bien encadré à ce moment-là par des leaders comme Piaget, et compagnie. Bien sûr on était toujours mené par des hommes. Mais malgré tout il y a eu un enthousiasme que, malgré la peur... Je sais pas. Si : je l'ai pas trop mal vécu. Quoique ça a été très dur. On a vu des ménages se défaire, des divorces, des suicides. Parce que les gens avaient peur. Moi, j'avais la chance que mon mari travaille ailleurs, j'avais moins d'inquiétude. Mais ceux qui vivaient au jour le jour avaient vraiment de l'inquiétude. Il y a quelque chose qui fait qu'on a vraiment resserré les liens. J'aurais pas voulu pas vivre cette période. Oui, mais moi je ne vois pas quel rapport avec votre pièce. L'Interviewer, riant. - Vous me faites rire ! (Rire de Paulette.) Paulette. - Je ne vois vraiment pas. Parce que vous allez faire vivre... je ne sais pas. Je voudrais bien savoir votre plan. L'Interviewer. - Que je vous réponde tout de suite... Mais je ne vous l'ai pas dit au téléphone ? Paulette. - Non. L'Interviewer. - Je ne sais pas moi-même ce que je vais faire. Je ne peux pas vous répondre. Paulette. - Ah, bon ! L'Interviewer. - Je ne suis pas cachottier pour le moment. Ce que je peux vous dire, à l'heure actuelle, c'est que je vais le faire à partir de témoignages. Mais qu'est-ce que cela sera ? Je ne peux vous le dire puisque je n'ai pas encore fini ma quête. J'ai bien rencontré vingt-cinq personnes. Je vais bien en rencontrer quarante. Quand je retourne à Paris, il y a quelque chose qui me vient, et ensuite je vois d'autres personnes, il y a d'autres choses qui me viennent. Je ne peux pas vous dire. Paulette. - Oui, oui. Silence.) Autrement, je ne vois pas ce que je peux vous dire ! L'Interviewer. - Vous m'avez dit que quand vous revoyiez des gens, vous étiez émue. Vous avez d'autres souvenirs, comme ça ? Paulette. - Oui, je me souviens qu'il venait des artistes, des gens du théâtre. Je trouve que ça ouvre l'esprit. Pour moi. Il y en a peut-être à qui ça ne faisait ni chaud ni froid. J'ai apprécié. Et tout ce contact avec le monde ouvrier. Les filles de Cerizay. De Bretagne. Tous ces gens qui sont venus. Vraiment, moi, j'ai trouvé ça formidable. Je me souviens d'avoir été à Paris. On était avec des gens qui nous trimbalaient d'un endroit à l'autre. On était presque des vedettes. Maintenant ça fait sourire ! Je dis : on s'est bien fait avoir ! Et puis après, parce que après il a fallu rentrer dans le rang. Et ça a été très dur. Quand on a repris le travail. Des fois, je dis qu'on nous a bien utilisés pour une chose et pour une autre et puis après Rire.) C'était presque à nouveau : " Travaille et tais-toi ! " C'est vrai qu'il y a eu une petite déception de ce côté-là... Moi, je parle à mon petit niveau, moi je ne suis rien du tout, j'étais une ouvrière et c'est tout, je n'ai pas eu de responsabilité à un haut niveau, je ne peux pas juger. Malgré tout, il y a eu une déception pour nous les femmes, il y a eu une déception, même au sujet de certains leaders, je pense que... on aurait voulu... Quand on a repris le travail, à la deuxième période, en 76, après Neuschwander (du temps de Neuschwander je garde un bon souvenir), quand on a repris en coopérative, on aurait voulu garder ce qu'on avait en 73 ; on faisait des réunions, on faisait un peu le tri, on parlait de choses et d'autres. Mais après, on disait : il faut travailler, il faut travailler ! Il faut motiver les gens aussi ! Et leur faire confiance. Je ne dis pas que c'était facile. C'était très dur. Malgré tout je pense que les hommes, après, ils ont repris leurs casquettes de chefs. Et puis ça a été un peu terminé aussi. C'est ce que je pense, je ne critique pas. A leur place je ne sais pas ce que j'aurais fait. Je parle au niveau femme : on a eu par là des petites déceptions. Ce n'est pas pour autant que je ne garde pas une grande estime pour des gens comme Charles Piaget, pour tous ces gens-là qui ont mené la lutte, de bout en bout. Mais il y a eu des déceptions aussi, c'est sûr ! Silence.) Autrement, je ne vois pas ce que je peux vous dire... Rire de Paulette. (...)
(...)
On était gonflés quand même. Qu'est-ce qui nous donnait
la force de rester ? C'est parce qu'on était un groupe. On était
un groupe très organisé. Et on était très épaulés.
Très très compris. Aidés, soutenus financièrement.
On nous a aidés. Quand on allait dans les meetings, on faisait des
collectes. Je me souviens, je peux vous le dire, c'était à
la fête de l'Huma à l'époque. J'avais à côté
de moi un carton plein de billets, empilés dans le carton ! Je ne
le ferais pas aujourd'hui. Je ne sais pas si dans les luttes qu'il y a maintenant
c'est ainsi, je ne pense pas.L'Interviewer. - Vous me dites que vous ne le feriez pas aujourd'hui, c'est-à-dire ? Christianne André. - Mais non, je serais trop gênée. Je dirais : qu'est-ce que je fais ? Non, mais ça ne va pas, non ? On me donne de l'argent et je le mets dans un carton ! Comme quand on transportait dans les coffres de voiture des valises de montres de prix. En même temps, on n'avait aucune peur. Même chez nous, on en avait, on peut le dire aujourd'hui. J'en avais chez moi, je les étiquetais, on les nettoyait, on les mettait en ordre pour la vente du lendemain. Mais est-ce que je ferais encore ça aujourd'hui ? Non. C'est ça qui était super ! L'Interviewer. - Pourquoi vous ne le feriez pas ? Christianne André. - Je ne sais pas si j'en prendrais le risque. C'était quand même risqué. A tous les niveaux. C'est fou ce qu'on vivait ! C'est fou... Je ne sais pas si je le referais. Mais jamais, jamais je me disais on va se faire... On savait que les renseignements généraux nous surveillaient toujours un peu. A l'époque, ils n'étaient pas discrets, avec leur petite 4 L bleue. (Rire.) Ils nous pistaient toujours plus ou moins. Mais on n'avait vraiment pas peur. On vendait les montres, dans le coffre de la voiture ouverte. A n'importe quel endroit ! Je l'ai fait, avec les copines. Je l'ai fait. Quand on récoltait, on nous payait, on nous donnait des chèques, on n'aurait jamais eu l'idée de se dire : bah, tiens, l'argent, c'est pour nous. Oh là là, c'était sacré ! C'était pour la caisse. On était très consciencieux. On avait une part d'irresponsabilité, de folie. Mais on était consciencieux. (...)
(...) Renée Ducey. - Enfin pour moi, je parle pour moi... j'ai été plongée là-dedans. Pas que j'aie été heureuse d'être plongée là-dedans ! Rire.) D'aller à l'usine, je n'ai jamais été heureuse. Je parle pour moi, personnellement, en tant que femme. Je suis une femme toute seule depuis l'âge de vingt-trois ans. Alors, l'usine pour moi ça a toujours été terrible ! Je n'ai jamais été bien à l'usine Lip. Même avant le conflit. Ni les autres usines. C'est le destin qui m'a obligée d'aller là. Parce que j'aurais voulu faire quelque chose. Quand on est une femme toute seule avec des enfants, on est le larbin de la société, on n'est pas une ouvrière, on est encore moins qu'une ouvrière. Alors le conflit de chez Lip, je l'ai vécu... bien d'un côté, mal de l'autre. Bien : je vais vous dire pourquoi. Parce quand on est au bas de l'échelle sociale, on n'a pas le droit de parler, vous le savez bien. A l'usine, on n'a le droit que de se taire. C'est : " Travaillez et taisez-vous ! " C'était ça. Moi, j'étais sur les presses, j'étais dans le bureau, j'étais à l'armement, j'étais... le bouche-trou, où les autres ne voulaient pas aller. Quand il y a eu le conflit, c'était tellement spontané comme ça, on est restés... je ne peux pas vous dire... ahuris, parce qu'on avait plein de travail devant nous. Et tout d'un coup, on nous dit : il faut s'arrêter ! Donc, le bon côté, c'est qu'on a pu exploser. Moi, en tant que moi, en tant que toujours muselée, toujours muselée comme ça fait le geste de la main), alors là ! Ceux qui nous en faisaient voir, aussi bien les ingénieurs que les directeurs, qui me disaient par exemple, quand une jeune ne voulait pas aller, parce que c'était sale : " Vous, madame Ducey, faites-le ! ", parce que femme toute seule, obligée de gagner sa vie. Vous voyez toute cette pression au-dessus de moi, moi je disais non, parce que j'ai un caractère comme ça. Mais le jour où c'est tombé, j'ai dit : " Cette fois, vous êtes en bas de l'échelle, comme nous ! Vous tombez de plus haut, mais je peux vous répondre, ce coup-ci. " De ce côté-là, j'étais heureuse. Parce que j'ai pu dire plein de choses, j'ai pu faire plein de choses. J'ai vécu ça : tout le monde me disait, les femmes qui travaillaient avec moi, l'assistante sociale : " Ah ! toi ! tu resplendis en ce moment ! ", parce que je pouvais parler. Ça a été très dur pour nous. Parce que, chez Lip, on était la première usine à fermer, la dégringolade commençait. Après, il y a eu toutes les autres, il y a eu Kelton, il y a eu la Rhodia, il y a eu on nous jetait des pierres, on nous traitait de fainéants, je peux pas vous dire mais on a tout eu ! Quand il y a eu les CRS, ça a été l'apothéose ! Je ne vous dis pas ! Je suis allée à Paris. Je suis allée un petit peu dans toute la France. Chez les maos, chez les... Je ne sais pas. Je n'étais jamais sortie de mon trou. Je ne peux pas vous dire... ça me faisait peur, mais en même temps, je découvrais plein de choses que je n'aurais jamais découvertes. Puisque je n'ai jamais voyagé. Je n'ai jamais rien eu du tout. Parce qu'en bas de l'échelle, tout en bas, vraiment plus bas que le bas. Mais c'est quelque chose qui nous a confirmé qu'on pouvait, qu'on avait le droit de parler. Personne ne nous en empêchait. J'ai été au palais de la Mutualité à Paris, causer toute une nuit, sans pouvoir m'asseoir. On était dedans. Il y avait beaucoup de gens, des avocats, des docteurs, des ingénieurs, toutes sortes de gens que je ne connais pas, et puis il y avait les syndicats. Mais ces gens-là disaient : " Non, ce n'est pas les syndicats qu'on veut entendre, c'est les ouvrières ! " Parce qu'on était tout en bas. C'était vrai. C'est comme les enfants, vous savez, ils disent la vérité, ils n'inventent pas, comme ça, des choses : c'était pareil, c'est à peu près la même chose ! J'ai vécu ça mais... Comme je me suis toujours battue dans la vie, pour pouvoir subsister. Là, je pouvais exploser, je pouvais dire merde à celui qui nous a empoisonné la vie. On ne savait même pas où était la direction, on n'avait même pas le droit d'y aller. J'ai découvert la direction, comme si j'allais je ne sais pas où. C'est au fur et à mesure qu'on marchait comme ça. On écoutait. Il fallait aller ici aller là, il fallait défiler là, causer au micro là. On allait parce qu'on était libres, parce que la liberté, c'est quelque chose qu'on n'avait jamais eu au travail. On nous disait : " Travaille et tais-toi. " Parce que le travail c'était de la folie, il fallait suivre les robots, il fallait faire les rendements, il fallait... Jusque-là... des copeaux, des sales machines qui nous faisaient peur. Dangereuses. Il fallait le faire ! Puisque c'était comme ça. Il fallait le faire ! Pour manger du pain. Il fallait le faire ! Là-dedans (elle montre une pile de documents qu'elle a préparés pour moi) il y a des choses, des discours de femmes, tout ce qu'elles parlent... des photos... J'ai gardé ça, je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas pourquoi je ne l'ai pas jeté, mais enfin c'était là, il faut que je le sorte si ça lui sert au monsieur, pour faire sa pièce, on ne sait jamais... (...)
L'Interviewer. - Vous aimiez prendre la parole ? Charles Piaget. - Au début, pas trop. Après, oui, ça allait ! Une fois que j'ai pris l'habitude. Oh, je n'aimais pas avant. Je me rappelle : je ne voulais pas y aller, et petit à petit, il fallait se forcer. Je me rappelle au PSU, un coup, ils m'avaient demandé. J'ai pas pu ! Je suis paniqué. Non, je ne peux pas ! Je ne connaissais pas bien le sujet. J'avais eu beau le regarder, ces phrases politiques, tout ça, je n'arrivais pas bien à les sentir. J'ai dit : non, je ne vais pas prendre la parole. Ils l'avaient fait... Ils expliquaient très bien. C'était bien fait. Là, je sais que j'étais paniqué. Et petit à petit à Lip, j'ai pris de l'assurance. Ce que je veux dire par là, c'est que je préparais le truc pour le lendemain, pour que ça ne soit pas oublié. L'Interviewer. - Vous avez été candidat député du PSU. Charles Piaget. - Ouais, un coup, ils m'avaient bombardé candidat ! Rires.) C'était quand ? Peut-être un peu avant 68. L'Interviewer. - Comment ça s'est passé ? Charles Piaget. - Je reconnais que j'étais moins à l'aise. Après, j'ai commencé à comprendre. Au début, j'étais pas bien à l'aise. Parce que moi, il fallait que je fasse le lien avec l'expérience que j'avais, ce que je connaissais. Les grands trucs, je n'aimais pas bien. Il y avait le bouquin que Rocard avait fait, avec le comité. Je me rappelle. On le lisait. Il y avait des choses qu'on comprenait, il y en avait d'autres : c'était un peu... un peu de la théorie. Je me rappelle un coup, à Nice, j'avais fait un meeting. Ils me parlent d'un fameux théoricien, je l'ai encore entendu à la télé, il y a pas longtemps, cet Italien-là... L'Interviewer. - Ricardo ? Charles Piaget. - Un célèbre théoricien de la gauche. L'Interviewer. - Gramsci. Charles Piaget. - Voilà ! " Oui, j'ai déjà entendu parler de Gramsci. Je ne l'ai jamais lu. - Ah, bon ! " Ensuite, ils me questionnent encore sur d'autres. " Je ne l'ai jamais lu, celui-là non plus. " Ça ne faisait pas bien. C'était pas heureux. Alors il y en a qui ont commencé à rigoler. " Oh, oh, oh, bon, finalement, t'es dans une boîte. - Bien oui, j'ignore ces trucs-là. Oui, j'ai lu les documents du PSU. Mais je n'ai pas lu Gramsci. " Ils avaient tout lu, tous les théoriciens. Ben, voilà... On avait besoin d'une théorie qui venait couronner des pratiques, parce que reprendre la théorie... Ou alors, il fallait répéter les phrases bêtement, sans les vivre. Et ça, c'est vraiment pénible ! Quand on vit pas... Moi, je vois bien quand je fais quelque chose : récemment, on a fait quelque chose sur les fameuses histoires des fonds de pension, on le vit ça, on le vit, le chômage et tous ces trucs-là : ça, ça va. On peut écrire. On se sent à l'aise. L'Interviewer. - Je vais vous poser presque une dernière question. Nous n'avons pas tellement parlé, lors de nos deux entretiens, du côté un peu fête de cette affaire-là. Charles Piaget. - Ah oui ! Ah oui ! Ah oui ! Alors là, le côté fête, ce n'était pas mon genre. Rire de l'Interviewer.) Pas du tout ! Ça c'était le côté terrible des Marc Jehin, Raguénès, Michel Cugney, tous ceux-là. C'est des gens qui savaient faire la convivialité, la fête. Heureusement qu'ils étaient là ! Parce que avec moi, ça aurait été plutôt barbant ! Ce que j'ai appris quand même, c'est que lorsque ça a été lancé, lorsqu'il y a eu une dynamique, une lutte qui fonctionne, eh bien, je me suis rendu compte que ça tourne. Des fois, moi, j'étais un peu découragé. Ah, non, non, là, c'est pas bien ! il y a tellement à améliorer dans ce truc-là. Je me rappelle j'étais parti - j'avais vu cette commission des voyages, là, des déplacements pour aller prendre la parole, c'est vraiment pas sérieux leur tableau, non, non, c'est pas à jour, j'étais découragé - je suis parti. Et puis, je suis rentré chez moi. J'étais complètement assommé. C'était peut-être aussi le stress, tout ça. Je suis resté presque vingt-quatre heures sans bouger. Et puis après, je suis revenu. Et je me dis : ça tourne ! Tout tournait ! Les machines fonctionnaient. " Bon, alors, ça va mieux ? - Ben, oui, ça va mieux ! - T'étais pas bien l'autre coup ? - Ben, oui, j'étais pas bien ! " Là, j'avais compris. Je me dis : bon, même si il y a trois ou quatre dans la bande qui sont pas bien, c'est pas pour autant... Le mouvement, il tourne ! Il tourne peut-être pas comme je le voudrais, rubis sur l'ongle, enfin, ça tourne ! J'ai compris encore très récemment comme je milite à AC contre le chômage. Certaines organisations nous ont invités quand même, bien qu'on les ait agressées en leur disant que ce n'était pas normal leur conduite par rapport aux Assedic. Par exemple, on est allés à FO - et je suis allé aussi à la CFDT - on est allés à FO, quand on est rentrés là-dedans, ahh ! ça sentait l'eau de Javel. Aseptisé. Tout nettoyé. Impeccable. Alors, j'ai eu les deux trucs contradictoires dans ma tête. J'aime bien quand tout est net... et je me suis dit : c'est vrai, ça sent la mort ! C'est pas le mouvement ! La vie, c'est des dossiers qui traînent, c'est des chaises qui ont pas été rangées, c'est des gens qui passent ! On n'a vu personne. On n'a pas vu un chat passer pendant les deux heures qu'on est restés avec eux. En effet, mon idée n'était pas bonne, peut-être pour certaines préparations... L'Interviewer. - Mon idée n'était pas bonne... ? Charles Piaget. - Mon idée de perfectionnisme, quand je suis allé à FO. Moi, j'étais celui qui le soir refaisait le tour de l'usine pour ramasser les vieux papiers, les papiers gras. " Ah ! D'accord, si ça te fait plaisir, vas-y, il n'y a pas que ça à faire ! " Je ne pouvais pas supporter des choses qui étaient sales, qui étaient pas... C'est vrai que les copains m'ont montré qu'il y avait d'autres choses. J'étais trop sérieux, alors qu'eux, avec la fête... Moi, je peux pas bien... Je suis pas à l'aise là-dedans. Mais je sais qu'ils avaient parfaitement raison : la fête, tout ce qu'ils ont organisé comme fêtes, c'était indispensable. Moi, j'ai fait l'effort, j'y allais. C'est vrai, je n'ai jamais été ni dans les dancings, j'ai jamais tellement... pffft... L'Interviewer. - Vous savez danser ? Charles Piaget. - Non, rien ! Alors, là, je suis vraiment pas terrible là-dessus. Moi, je disais : oh, là, là, j'écoute. Mais, ils étaient bons, ils étaient très bons ! Ils ont vraiment organisé des bons trucs ! L'Interviewer. - Vous y alliez quand même ? Charles Piaget. - Mais aucun apport d'idées, là, vraiment... Heureusement qu'ils étaient là ! L'Interviewer. - Vous dansiez quand même... Charles Piaget. - Non, mais je venais là. J'étais avec eux. J'aimais bien d'ailleurs. Même des fois je me marrais. C'était bien ! C'était bien ! Mais c'était pas... Après, ils avaient eu d'autres idées : les gardes de l'usine, tout ça, il fallait faire ça par affinités. Alors que moi, j'étais plutôt : " Les gardes c'est sérieux, c'est pas... - Ah, t'es emmerdant ! Il faut aussi que ce soit la fête. - Bon, alors, d'accord ! " Rire de Charles Piaget.) Moi, je faisais la ronde la nuit sans lumière, pour être plus à même de surprendre, pour voir s'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Finalement, je crois qu'ils avaient raison. © 2001 "Théâtre-contemporain.net". Tous droits réservés. |