Michel Jacquelin et Odile Darbelley Vvert Célacon
la Boîte Noire de 1969
mise en scène des auteurs

Présentation :



Fondation Professeur Swedenborg pour l’Art Contemporain

Sous cette appellation énigmatique se cachent deux artistes : Michel Jacquelin et Odile Darbelley. La Fondation est une sorte de laboratoire où se mettent en place des constellations de références (littéraires, plastiques, scientifiques), d’objets (performants), de photographies (la passion de Michel Jacquelin) et de personnages (plus ou moins inspirés d’une réalité) qui tissent, de concert, une fiction. Cette fiction est présentée ici dans deux de ces versions, abordant le courant surréaliste (Vvert Célacon) et la science de l’image (la Chambre du Professeur Swedenborg).

Les Auteurs

Odile Darbelley et Michel Jacquelin collaborent depuis leurs travaux communs sur le lien théâtre/ photographie dans le cadre de la revue Théâtre/ Public. Parallèlement, ils ont élaboré de nombreuses performances et expérimentations basées sur l’image photographique et la vidéo. On retrouve cette préoccupation du visible et de l’invisible dans leurs créations. Odile Darbelley a une formation de comédienne, Michel Jacquelin est titulaire d’une thèse en Arts Plastiques traitant de la photographie.

L’Histoire

Vvert Céladon est un être humain qui vit dans la vitrine d’un musée, une « créature » engendrée par le charcutier Duchamp Duchamp selon les préceptes du ready-made initiés par son frère le célèbre Marcel. De son univers clos, le living ready-made nous fait montre de son existence quotidienne, tandis que l’esprit de son créateur s’insinue à travers les objets pour défendre sa vision de la création artistique… L’humour et la fantaisie visuelle et sonore de cette création interrogent l’absurdité artistique, tout en constituant une introduction divertissante au courant surréaliste pour les non-initiés, une réflexion sur ce même courant pour les autres…

Duchamp Duchamp, faux-frère de Marcel et charcutier réputé de Blainville, développa jusqu’à sa mort une production polymorphe ouvrant une relation entre le théâtre, les arts plastiques et les arts culinaires.

En opposition à son frère, et pour le mettre en boîte, il crée le living ready-made, version alternative vivante et humaine du fameux urinoir. C’est à cette expérience artistique et sensitive que s’attache le spectacle.

On retrouve dans la pièce les obsessions de D.D., une exploration autodidacte des domaines techniques essentiellement appliquées à la charcuterie, sujet inépuisable de discussion et de création qui revient régulièrement sur la scène (en l’occurrence ici dans la vitrine). D.D a également été inspiré par les travaux du Professeur Swedenborg lors du passage de la Chambre Folding à Blainville ; il se lia d’ailleurs d’amitié avec lui, scellant du même coup une amitié (symbolique) entre création artistique et recherche scientifique qui, dans le contexte de la Fondation, deviennent interchangeables et inextricablement liées. Où commence l’un, où s’arrête l’autre ? Qui nourrit l’autre ? Rationnel et spirituel se trouvent réunis dans la fantaisie.

Vvert Célacon, c’est une œuvre à quatre dimensions qui génère son existence proprement artistique par la présence vivante et simultanée de son discours théorique et de son expérience scientifique spectaculaire.

Le texte, établi par Michel Jacquelin, s’inspire entre autres de Paul Bocuse, Roger Planchon, Groucho Marx et bien sûr Marcel Duchamp.

Comme dans la Chambre, les objets du décor sont performants : ils apportent leur contribution à la construction de l’objet spectaculaire, en s’exprimant physiquement et oralement.

Pour le reste, trop en dévoiler sur ce spectacle au niveau de la forme serait gâcher une partie de plaisir que l’on prend à se laisser berner par ce que l’on croit voir. Cela commence comme suit : le living ready-made se réveille pour raconter sa vie d’œuvre d’art au public ; son histoire est interférée par des occurrences inopinées de son créateur Duchamp Duchamp…

La pièce développe une expérimentation scénique : le public est séparé de l’espace de jeu par une vitrine ; il regarde donc le spectacle dans le contexte d’un quidam se rendant au musée.