Jean-Luc Lagarce Le Voyage à La Haye
mise en scène François Berreur


Présentation

 

Et parfois encore, nous devrons l'admettre,

nous ne serons pas vus tels que nous croyons être, en vérité,
tels que nous aurions tant voulu qu'on nous aime.
Se contenter du regard des autres et ne plus rien espérer,
cesser de prétendre à notre vérité,
notre vérité, ce sont les autres qui nous l'accordent,
notre vérité, elle restera secrète,
tant pis, tant mieux, nous ne pourrons plus la dire

in Du luxe et de l'impuissance
de Jean-Luc Lagarce
Editions Les Solitaires Intempestifs



C'est un très long voyage que celui-là,

Un voyage au coeur de l'intimité d'un homme, au coeur de la douleur qui lorsqu'elle paraît insupportable devient prétexte au récit épique, au sketch de fin de repas, au bon mot, à l'expression de cette nécessaire ironie et essentiel humour, élégance du désespoir.

C'est l'évocation d'un rêve d'enfant, compagnon du capitaine Fracasse de ville en ville, de train en train, de théâtre en théâtre, où l'on peut marcher dans sa propre fiction et l'embellir et la salir et tricher mais tout de même ne pas oublier de raconter quelques petits détails essentiels sur la bêtise, l'hypocrisie, l'égoïsme et la dureté des êtres qui ne voient que leurs petites misères.

Et puis quand la mort s'approche cet homme vient nous dire la beauté de la vie, la passion du théâtre, l'étonnement qu'après tant d'années la surprise dure encore. Est-il un héros ? ou simplement un homme debout, qui reste Roi de ses douleurs.

François Berreur

Nous nous voyons nous regarder nous-mêmes,

nos histoires d'amour sont comme les histoires d'amour des pièces et des romans que nous aimons entendre, tout est un mensonge et ce mensonge si beau peut se briser, se dévoiler soudain : qu'un simple voile, qu'un fragile nuage disparaisse et il sera là, donné, devant nos yeux. Il suffirait de rien pour que ce que nous croyons être désormais, le réveil après le songe, soit un rêve plus profond encore, plus paisible, puisque de moins en moins ne saurait y trouver sa place, l'inquiétude d'être troublé.

Il s'agit juste d'admettre le danger de ne plus jamais revenir à nos certitudes. Ne pas avoir peur et nous regarder nous-mêmes dans les lumières vacillantes de la scène et les hésitations de notre attention.

Marcher à pas mesurés, dans la fragilité de la lumière qui sépare le rêve de la veille, la salle de la scène. Aller au devant de notre propre imagination peut-être, entrer dans notre roman, passer cette frontière où se retrouvent les spectateurs pour, de face dans la lumière être les acteurs du conte.

Et comme un livre dans lequel on pourrait entrer, entrer dans l'histoire comme on pénétrerait plus avant sur le plateau, aller dans le roman comme on voyagerait en pensée dans les mots et les phrases, devenir des personnages, se mettre en parade, l'idée de l'enfance, comme on irait marcher dans sa propre imagination, en explorateur et metteur en scène de sa vie, on joue et de jouer, on dit le vrai plus vrai que le vrai.

Et quand viendra l'apaisement où s'éteint le rêve et où les morts se relèvent et les acteurs saluent, et quand viendra le calme des sentiments, lorsqu'ils reprendront leurs cours, restera encore, comme une légère douleur, une petite mort, le souvenir de ce temps du faux, et l'espoir inavoué que cette nouvelle vie soit le début d'une nouvelle pièce encore, l'entrée dans un autre rêve, plus grand encore que les autres et les englobant tous, à l'infini, toujours.

A propos de L'Illusion comique
JEAN-LUC LAGARCE
octobre 94





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