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Alphant, Leslie Kaplan et Joseph Mouton
Tout est faux ! mise en scène de Alain Brugnago et Didier Stéphant Présentation : Le projet À la demande du Théâtre Gérard Philipe, l’équipe du Théâtre Incarnat s’est installée à Saint-Denis pour dix-huit mois, afin d’écrire et de fabriquer un spectacle intitulé Tout est faux !, avec 60 Dionysiens issus de trois quartiers différents. À partir de la parole recueillie lors d’entretiens individualisés, un écrivain écrit un texte pour chaque participant. Pas de thèmes, seul le respect de ce qui a été dit est pris en compte. Au fil des mois (de trois à six mois selon les expériences) se construit un spectacle dont les habitants jouent leur propre texte. L’équipe du Théâtre Incarnat a pour charge de trouver la forme spectaculaire permettant de donner une unité, un rythme à un spectacle composé d’autant d’histoires individuelles qu’il y a d’acteurs sur scène. Il s’agit de créer la scénographie permettant d’intégrer et de mettre en valeur l’hétérogénéité de tous ces éléments. Tout est faux ! s’articule autour de plusieurs disciplines artistiques : - l’écriture : pour ce projet, ce sont trois écrivains, Marianne Alphant, Leslie Kaplan et Joseph Mouton qui élaborent les textes conjointement aux habitants. - le théâtre : après la phase d’écriture, les habitants - séparés en trois groupes selon leur quartier d’origine - débutent par des répétitions individuelles puis collectives, pour mener à bien la création du spectacle. - Une équipe professionnelle, composée d’un metteur en scène, d’une assistante à la mise en scène, d’un plasticien photographe et d’une costumière, encadrent les comédiens amateurs. - la peinture : la scénographie se structure autour de ce thème, et plus particulièrement « la peinture sur une toile », le « cadre vide », et « la peinture sur le corps ». Les objectifs de ce projet sont d’ordre social, culturel et artistique : - amener les habitants à réfléchir sur les rapports qu’ils entretiennent avec leur ville ainsi qu’avec leurs voisins. - faire de l’expérience quotidienne des habitants la matière première nécessaire à l’élaboration d’un travail artistique mené avec des professionnels. - développer des pratiques culturelles et artistiques en direction de populations qui en sont souvent exclues. Élargir le nombre de spectateurs se confrontant à une œuvre artistique. - resserrer les liens sociaux en faisant travailler ensemble des habitants issus de cultures et de milieux différents. - favoriser la prise de parole en groupe. - valoriser le travail du groupe par la représentation d’un spectacle dans des conditions professionnelles et dans un lieu artistique identifié. - stimuler, grâce au travail régulier avec un groupe, la resocialisation d’un certain nombre de participants marginalisés. En janvier 2002, Alain Ollivier nous a demandé de concevoir un spectacle avec des habitants de Saint-Denis . Nous avons commencé un travail d’information sur la ville pour recruter des volontaires. Cinquante-sept personnes réparties en trois groupes ont accepté de participer au démarrage du projet. De septembre à janvier 2003, trois écrivains que nous avons sollicité, Marianne Alphant, Leslie Kaplan et Joseph Mouton, ont recueilli la matière au cours de séances collectives ou individuelles leur permettant d’élaborer pour chacun d’eux un texte. Ces trois textes ont été écrits entre février et avril 2003. Depuis, un travail de répétitions pour chacun des groupes est entamé. De janvier à mars 2004, les répétitions auront lieu avec les trois groupes réunis. Ce type de projet se caractérise par: - de nombreux acteurs non-professionnels - des paroles nécessairement diverses, les « habitants-acteurs » étant co-auteurs du texte du spectacle. - des formes d’écriture elles aussi diverses. Dans le cas de ce spectacle, trois écrivains. Le projet artistique, scénographique est obligé de prendre en compte l’ensemble de cette diversité. De cette diversité, nous ne voulons pas faire un obstacle ou une difficulté mais au contraire un atout. Nous partons d’une idée simple. Notre modèle est une ville utopique, où les différences entre les habitants existent sans qu’on cherche à les effacer. Nous voulons faire fonctionner notre spectacle comme fonctionnerait cette ville et en faire un modèle pour une expérience esthétique : celle de la tension entre multiplicité et unité. Rien ne doit donc être parfaitement rangé (une vision uniforme trop globalisante ignore la multiplicité), il faut de la porosité, du flou, de l’indéterminé, de la souplesse pour favoriser la relation et non l’affrontement. Cette réflexion sur la ville nous aide à mieux cerner la nature de ce spectacle. Spectacle dans lequel les uns sont sujets (les acteurs), les autres spectateurs (les voisins et amis du quartier). Ils ont tous l’occasion de vivre une expérience esthétique qui peut être le point de départ d’une prise de conscience et donc d’une réflexion. On peut réfléchir en mettant des mots sur ses sensations, on peut aussi réfléchir ces mots comme dans un miroir pour les donner à voir aux autres. C’est tout le sens d’un tel spectacle. Alain Brugnago et Didier Stéphant
Janvier 2004 |