|
Didier-georges Gabily
Théâtre du mépris 3
mise en scène Aurélien Recoing
Présentation :
Il y a dans TDM 3 (pièce de théâtre
commandée par Christian Colin autour du Mépris de Godard)
un petit état des lieux : les lieux en tout ou partie de notre société
du spectacle. Didier-Georges Gabily nous demande de commenter une formule
mathématique qui nous représente la rencontre de personnes
fictives données qui est égale au titre Théâtre
du Mépris 3. À l'instant de la lecture du problème
"algébrique" posé par Didier-Georges, il n'y a qu'à
accepter la marche à suivre, le "calcul" à faire.
Il faut tenter l'exercice, raconter cette histoire qui en épouserait
la formule, expérience ouverte à l'interprétation.
L'auteur par ruse toute pédagogique (formulant et proposant cette
équation) se garde bien de nous donner aucune solution et ainsi de
nous emprisonner.
Il y a de la déclinaison dans le commentaire à faire : commentaire
qui sera en fait la somme des explorations des situations dans une unité
de lieu, mais pas celle du temps. En cela il faut rendre hommage au commentaire,
le commentaire comme idée de la transcription, son support étant
en grande partie le travail de la mise en scène.
Il y a quelque chose de grand, et de juste dans cette pièce de Didier-Georges
Gabily. C'est une sorte de juxtaposition et confrontation entre une parole
réaliste qui n'est pas vraie et son contraire : une parole irréaliste
enchantée mais qui elle par essence est naturellement vraie. En cela
il n'y a pas de jugement, seulement une mise en condition d'écoute
d'une certaine humanité.
Il y a un abîme qui existe entre ceux qui fabriquent, réalisent,
créent, qui sont en doute perpétuel face à la représentation
du monde et ceux qui sont tout entier : corps, paroles, pensées,
actes étant inscrits dans une seule et même veine existentielle.
Nous reconnaissons Ulysse (l'espèce d'errant enlevé de force
à la rue), l'Homme aux Mains (celui qui vend ces mains pour la pub)
et le Chur (formé de dix actrices de complément). Tous ces
personnages sont extrêmement vrais, durs, inaltérables, sortis
tout droits de diverses mythologies : anciennes et modernes. Les autres
: l'Écrivain (E.), le Producteur (P.), l'Héroïne (H.)
ne sont pas moins attachants. Ils sont en attente, en manque, ils sont tournés
entièrement vers le présent. Ils espèrent que quelque
chose va leur arriver, ils ne sont pas l'histoire mais son mouvement. Ils
veulent se mettre en état d'inventer, de créer...mais quoi
? Ils ne le savent pas eux-mêmes, dévorés qu'ils sont
- question de survie sans doute.
Il y a conflit entre deux mondes : entre ceux qui savent qu'il peut y avoir
représentation et ceux qui ne le savent pas. Pourtant ces premiers
passent à côté d'une parole vraie, c'est ce qui advient
entre le Réalisateur, l'Écrivain, le Producteur et celui que
l'on nomme Ulysse. P., E. et R. attendent une parole qui pourrait les inspirer
pour un nouveau film à venir. Mais la parole trouvée grâce
à la présence d'Ulysse est trop vraie pour servir à
quoi que ce soit et dont sans doute plus personne n'a besoin, croient-ils.
Ici nous témoignons d'une consommation de l'événement
en conflit avec l'Histoire. Ulysse est un ancien d'Indochine qui après
un long silence (une aphasie qui dure sans doute depuis des années)
se met à parler pour ne plus s'arrêter. Mais personne ne peut
entendre cette parole universelle exceptée l'Héroïne
qui s'approche de lui, le soigne, lui transmet les connaissances du moment
(par exemple à se servir d'un magnétoscope...entre autres).
Elle devient, le temps d'une rencontre, l'incarnation de Pénélope.
La pièce sera jouée dans un lieu dénudé de ses
attributs théâtraux où nous nous retrouverons tous de
plain-pied dans l'appartement de l'Écrivain. Les spectateurs seront
assis au centre, sur des tapis, des coussins, des canapés, comme
chez eux, en attente comme P., E. et R. sont en attente. Un espace qui copie
le réel et où les acteurs personnages, vivent, jouent et s'appuient
sur les quatre murs du lieu, les spectateurs eux étant dans les murs
mêmes.
Durant le temps des répétitions et des représentations
nous ferons un film de la pièce à l'aide d'une caméra
vidéo numérique.
Aurélien Recoing
© 2001 "Théâtre-contemporain.net". Tous droits réservés. |