Tableau d'une exécution raconte l'histoire d'une femme peintre de la Renaissance, Galactia, à qui la République de Venise commande un tableau de la bataille de Lépante. Au lieu
d'une œuvre à la gloire de la ville, Galactia réalisera une fresque toute de fracas et de chairs à vif, censée jeter à la face du public l'horreur de la guerre. Sensibilité
féminine et refus artistique de la compromission contre raison d'Etat et virilité va-t'en-guerre? Barker sait que les choses sont bien plus complexes que cela.
Chaque dialogue (Galactia et son amant, Galactia et sa fille, Galactia et les représentants de l'armée ou de l'Etat) est un duel serré qui porte la tension à son comble, où l'on
entendrait presque le choc des fers qui se croisent. "Vous craignez d'être entraînée dans un univers régi par une autre vérité", lance à Galactia l'amiral Suffici. Au final, le
spectateur a vu la pièce la plus aboutie, la plus fouillée que l'on puisse imaginer sur les rapports entre l'art et le pouvoir, mais aussi sur la condition féminine et sur la
condition de femme créatrice -bien des féministes, pourtant censées en avoir vécu les déchirements dans leur chair, ne sont sans doute pas allées aussi loin dans la réflexion que
ce Britannique réservé, au charme poivre et sel, nommé Howard Barker.
Mona Chollet
Production : Théâtre du Gymnase
Coproduction Maison de la Culture Loire-Atlantique, Théâtre Les Célestins