Serge Valletti Santo Elvis
mise en scène Thierry Tremouroux et Jacques Vincey

Présentation :



Une pièce française sur un artiste américain, jouée par des acteurs brésiliens : il n’en fallait pas moins pour côtoyer le mythe Elvis. De Memphis à Rio, en passant par Bruxelles ou Paris, le mythe reste vivace plus de vingt ans après la mort du King. Dans sa pièce, Serge Valletti, l’un des auteurs contemporains les plus joués en France et à l’étranger, passe cette idole du rock’n roll et icône immaculée de la culture américaine aux rayons X. "Une coupe transversale dans la vie d’un type qui se prenait pour Elvis, l’ennui c’est que c’était vraiment Elvis Presley !"

Jacques Vincey et Thierry Trémouroux, les metteurs en scène, s’emparent de cette écriture iconoclaste et l’immergent dans la réalité brésilienne. Le spectacle, créé en 2002 à Rio de Janeiro avec des acteurs brésiliens, est repris et adapté pour un public français.

Sur un ring, entre un canapé, une télé branchée sur TF1, un frigidaire et une plaque chauffante, Gladys (la maman), le Colonel Parker (le papa mentor) et le King font et défont le mythe d’Elvis à la manière de Pénélope, mais dans une ambiance latino américaine qui convient pour le mieux à l’écriture rieuse du marseillais Valletti.
Un tutti frutti détonant.





GENÈSE
ou
Pourquoi monter Saint Elvis au Brésil ?

Créé en novembre 2002 à Rio de Janeiro, le spectacle Santo Elvis est le fruit d’une solide complicité artistique et humaine entre Jacques Vincey et Thierry Trémouroux, tous deux acteurs et metteurs en scène, et de la complémentarite de leur parcours. Dans ce texte, l’auteur marseillais s’approprie la légende du chanteur de Memphis. Il contourne le réalisme historique ou psychologique et maintient son personnage à la lisière du cliché en jouant avec une réalité que tout le monde connaît.

Cette circulation d’un continent à un autre d’une mythologie qui nous est commune mais que chacun s’approprie à sa façon, l’immersion de cette icône américaine, “recyclé” par un auteur francais, dans l’immaginaire et la sensiblité brésilienne offre de belles perspectives aux fantômes de notre inconscient collectif...

Le glissement d’une langue à une autre contribue encore au vertige que provoque l’écriture de Valletti, qui ne revèle pleinement sa puissance et sa sensualité que si l’on s’y abandonne, sans crispation sur la quête d’un sens immédiat. L’analogie avec la musique n’est évidemment pas fortuite. Et la volubilité de l’auteur marseillais entre, d’ailleurs, tout naturellement, en résonance avec l’exubérance carioca...





PERSPECTIVES

Soutenu par l’AFAA dans le cadre de la Saison du Théâtre Français Contemporain en Amérique Latine (Tintas Frescas), Santo Elvis a été co-produit par deux structures françaises – le CDN de Savoie et Bonlieu Scène Nationale/ Annecy – qui ont parié sur l’intérêt de créer cette pièce au Brésil et sur la pertinence de son retour en France.

ou
Pourquoi reprendre Santo Elvis en France ?


La vérité c’est ce que je dis et c’est pas rien d’autre

La parole génère la fiction.
Le texte engendre son univers.
La langue façonne les personnages.
« J’écris pour savoir où ça va » dit Valletti.
Liberté, insolence de ne pas vouloir « faire sens » à tout prix, plaisir de laisser courir les mots au rythme de la pensée.
Avec le sérieux et la légèreté des enfants quand ils jouent (« on dirait que je serais… ») les trois acteurs brésiliens s’emparent de cette écriture et la font « chanter »…

Un espace brut.
Le texte de la pièce délimite l’aire de jeu comme la corde d’un ring.
Un canapé, une télévision branchée sur une chaine locale (TV Globo ou TF 1), un frigidaire et une plaque chauffante sur laquelle Gladys prépare chaque soir une soupe aux poireaux pour Elvis.
Une régie de D.J. sur laquelle le Colonel Parker mixe ses compositions originales, recyclages sauvages de la musique du King.

Les acteurs ne quittent pas le plateau.
Le public est un quatrième partenaire, à la fois témoin et complice.
Chacun est convié à se raconter des histoires afin de reconstituer sa vérité.
Le fantôme d’Elvis Presley rôde, mais à aucun moment il ne sera pris au piège d’une représentation univoque.

La vitalité et la jubilation des mots qui sous-tendent l’écriture de Valletti ont trouvé un amplificateur naturel au Brésil.
Les acteurs ont coloré cette langue d’un « accent » qui la fait résonner singulièrement à nos oreilles et nous permet d’en découvrir des prolongements inattendus.
Le déplacement d’une culture à une autre provoque de légères turbulences et perturbations qui bousculent nos habitudes et nous ouvrent de nouvelles perspectives.
Le passage d’une langue à une autre nous amène nécessairement à une appréhension plus globale des enjeux.
On ne comprend pas tout, certes ! Mais le théâtre de Valletti, et cette pièce particulièrement, ne se laissent pas apprivoiser d’une manière « grammaticale ». Les écarts et décalages autorisent des embardées de sens qui permettent au spectateur de cheminer en toute liberté, au fil de sa sensibilité, de son intelligence et de sa fantaisie.

Pour la tournée en France, nous travaillons donc sur une adaptation du spectacle, plus que sur une traduction.

Jacques Vincey





SANTO ELVIS à Rio de Janeiro

J'ai eu la chance d'assister à la série de représentations de Santo Elvis dans le Théâtre de l'Alliance Française à Rio de Janeiro dans la mise en scène de Jacques Vincey et Thierry Trémouroux.
L'intensité du jeu des acteurs et les rires des spectateurs m'ont prouvé que l'idée saugrenue au départ de transporter un texte "français" à l'étranger était non seulement juste mais une réussite parfaite.
La traduction d'Angela Leite Lopes y est pour beaucoup.
Le mythe américain d'Elvis Presley qui pour nous, en France peut paraître presque anecdotique et un peu kitsch prend au Brésil une dimension authentique et réaliste qui fait monter à un niveau plus élevé l'intérêt de la représentation.
Cela tient au jeu des acteurs qui me touche énormément. Il est à la fois latin, méditerranéen et exotique, proche de ce qu'on aime au cabaret et qu'on trouve difficilement en France.
Cela tient aussi à la mise en scène qui avec peu de moyens arrive à créer sur scène le maximum de spectaculaire tout en évitant le piège que serait une simple singerie d'Elvis Presley.
La traduction et le montage d'un de mes textes à l'étranger est toujours pour moi un moment magique et fort.
Grâce au programme Tintas Frescas initié par l'AFAA j'ai eu aussi la chance de voir une lecture organisée par Michel Didym de El sol se levanto, Leopoldo à Caracas au Venezuela où j'avais déjà eu ce sentiment impressionnant de renaissance, comme si le texte prenait une nouvelle dimension en étant ainsi transplanté ailleurs, si loin.
Au mois de juin, à Londres au Royal National Theatre j'ai aussi assisté à une lecture publique de ma dernière pièce Le Pub ! dans une traduction de Richard Bean.
Chaque fois c'est une grande émotion quand de grands acteurs arrivent à trouver naturellement et à leur manière le ton juste pour interpréter ce que j'ai écrit. Ils sont immédiatement de plain-pied avec mes mots, mes phrases et mes respirations. Et pourtant j'ai écrit ces pièces dans mon petit coin en France. Alors qu'est-ce qui fait que nous sommes si proches ?
Sûrement parce que nous parlons tous non pas de la même chose, mais d'univers différents avec les mêmes moyens universels c'est-à-dire le Théâtre.

Serge VALLETTI - Décembre 2002








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