Serge Valletti Santo Elvis
mise en scène Thierry Tremouroux et Jacques Vincey

Carnet de bord : 9 mai / 14 mai / 15 mai / 18 mai



33 Tours... Une histoire qui vaut le détour!


Vendredi 09 mai 2003/Rio de Janeiro.
Largo do Machado très précisément. Jacques Vincey et moi, nous nous promenons dans les rues, parmi les camelots. Nous sommes en fin d'après-midi, 19 heures environ.
Au détour de deux conversations animées, nous aperçevons une série de disques adossés à un mur, là. Parmi eux, le "King", souriant à notre chemin... (nous allons à la rencontre de notre traductrice, Angela Leite Lopes).
Quelques 33 tours plus tard, lorsqu'enfin je saisis que nous nous sommes bel et bien paumés, faisant demi-tour, nous repassons devant le portait d'Elvis plus que jamais Joconde.
Jacques se demande alors si le disque ne se devrait pas d'être nôtre, un signe du destin quoi, à la veille de gagner Salvador de Bahia, la ville de tous les Saints.
Le prix affiché étant de R$ 20,00 (environ 6 euros), je m'approche de mon voisin que je pense être le vendeur et lui propose R$ 10,00... Ben oui, quoi.
Au bout de 5 minutes, il me dit ne pas être celui que je pense, m'indiquant le vendeur, qui depuis le début, bien sûr, avait assisté à toutes mes négociations. Bien, reprenant tout du début, lui contant le spectacle, le voyage imminent, etc... Il me propose alors pour R$ 5,00 de plus d'acquérir l'album en question, c'est à dire pour R$ 15,00.
Il est important de savoir, pour la petite description, que toute cette scène se déroule parmi un grand nombre de figurants,... des badauds ?
Lorsqu'enfin je me prépare à lui donner le prix convenu, surgit un homme, cheveux en banane, lunettes années 70, légèrement grassouillet (un fan, un vrai quoi, penserait Valletti). Déboulant de je ne sais où, le regard un peu fou, il s'emparre du disque, sous le regard des passants et du vendeur qui
ne bronche pas, et continue sa route. Le vendeur nous observe, comme s'il attendait une réaction de notre part. Les figurants referment le groupe.
Face à ce climat suspect, je dis à Jacques, visiblement amusé, "on se casse"... c'est vrai quoi, on sait jamais ! Et c'est ainsi que, fort de cette aventure qui ne passe pas d'une anecdote, nous sommes allés retrouver Angela et ses potes musiciens... au "Bar dos Amiguinhos" afin de boire une caiperi...gnagna!
Morale: C'est un vrai métier que d'être gringo!

à + du Brésil.

Thierry Trémouroux





A Banca do Elvis !

Pluie battante en ce mercredi 14 mai 2003.
Depuis le début de notre tournée, nous slalomons entre les gouttes.
Ce matin, dans le vieux Recife, le Recife antigo, "le quartier des juifs" (les juifs hollandais qui fondèrent la ville et qui après maintes luttes, expulsés, émigrèrent aux Etats-Unis afin de donner jour à la ville de New York), nous cherchons un marchand de journaux , "a banca de jornal".
Lire la presse quotidienne ("A Tribuna", "A Folha" et "O Diario" de Recife), voir ce qui est sorti sur le spectacle.

Par la fenêtre embuée, une cabane en tôle rouge où nous lisons "Banca do Elvis"...! Incroyable !
Parmi les revues et quotidiens régionaux, des objets érotiques, du café et autres piles ou cigarettes en vente, une panoplie, un bric à brac de disques, magazines et photos... du King ! Caché derrière ces reliques, un homme moustachu sourit, ravi de l'opportunité de pouvoir présenter à de véritables "amateurs-professionnels", son trésor. Nous l'invitons pour le spectacle mais l'homme décline notre offre, ayant déjà 3 engagements dans la soirée. Sur le coup une idée nous traverse la tête: transporter le tout, une véritable installation, au foyer du théâtre, plus tard en France...

En le quittant, il joint encore les mains, nous remerciant de ce que nous faisons pour son idole. À quelques heures de la représentation à Recife, un fan, un vrai, faisant écho à l'écriture de Valletti le marseillais.

"...parcequ'il faut parler un peu de la réalité, c'est bien beau le mythe, quand on a dit le mythe on a tout dit, moi je veux bien, mais il y a des limites aux mythes...".


Thierry Trémouroux




"Avis aux astronômes".


Jeudi 15 mai 2003.
Une heure et demi de route de Recife à João Pessoa, le décor du spectacle dans la remorque du mini-bus: le "Santo Elvis Tour" continue.
João Pessoa (état: Paraíba): extrémité est du littoral sud-américain.
Reconnaissance des lieux. Adaptation du dispositif scénographique à une salle de 800 places: nous décidons d´installer les spectateurs sur le plateau afin de préserver l´intimité nécessaire.
Éllipse.. jusqu´à l´éclipse totale aux alentours de minuit.
Gilberto, Thelmo, Jacques et Thierry, assis sur un muret, têtes en l´air, contemplent la lune qui disparait dans l´ombre.

"Cet instant de suspension où rien ne peut arriver puisque mon avenir est derrière moi. Ça me la coupe, comme on disait en attendant le petit train mexicain, celui qui longeait la rivière du Tennessee, je me comprends."

De la prochaine éclipse nous ne seron plus, tout comme Santo Elvis qui jamais plus ne repassera par ce bout du monde.
Sur ces réflexions philosophico-astronomiques nous regagnons l´hôtel.

"Un petit ange avec deux aîles de Cadillac, la nuit je clignoterai, avis aux astronômes. Il suffit que je le pense avant de disparaître."

 



Un p´tit coin.

Dimanche 18 mai 2003

« Découvrez les saveurs envoûtantes de Sergipe, le plus petit état du Brésil. Se promener sur la plage d´Atalaía, se perdre dans les dunes de Pirambu, observer le travail de préservation des tortues marines sur la base du projet Tamar ou encore relâcher et converser entre amis sur les plages du Saco, d´Abaís ou de Caueira ; plonger dans les eaux vertes du fleuve São Francisco et visiter la grotte d´ Angico, lieu où le cangaceiro Lampião et sa bande sont morts,... ».

La revue touristique sous le bras, nous débarquons à Aracaju, capitale de l´état, 4ème et dernière destination.
Passage rapide à l´hôtel Da Costa. De la fenêtre, nous aperçevons vaguement la mer cachée par l´affiche « à vendre » du terrain voisin. Jacques, Thierry et Zaba, notre productrice, embarquent dans le mini-bus en direction du théâtre. Sur la route, Zé le chauffeur nous averti que le coin où nous sommes logés est fréquenté par des prostituées (chaque fois plus jeunes) et des dealers.
À côté d´une immense salle où se tiend un fervent congrès des membres de l´église évangélique et face au terminal des bus grouillant de vendeurs de maïs,de jus de canne et cireurs de chaussures, se dresse le théâtre Tobias Barreto aux marches imposantes pouvant rappeler Saint Quentin en Yvelines.
Le plateau immense, ses quelques 1400 fauteuils de velour rouge et les moyens techniques à disposition font que durant quelques secondes nous nous demandons si nous ne nous sommes pas trompés de destination...
Une fois encore, nous invitons la production locale à installer des chaises sur scène, insistant sur proximité du jeu entre les acteurs et le public.
Plus tard dans la soirée, quittant le hall d´entrée de l´hôtel où derrière un palmier de plastique est affichée la caricature d´un touriste en bermuda, chemise hawaienne et appareil photo en bandouillère avec pour texte : « Ici, nous préservons le touriste », nous nous rendons dans un bar au bord de mer.
Là, nous découvrons que le divertissement de fin de semaine des jeunes du coin est d´installer, à l´arrière des voitures, des enceintes démentes d´où sortent des musiques populaires aux rimes érotiques. Le jeu, bien-sûr, consistant à compétir de sons ultra-forts et grésillants.
Retour à l´hôtel, chacun dans sa chambrette.
Le lendemain, 507 personnes se présenteront pour assister au spectacle comme s´il s´agissait, pour le coup, d´un véritable show de rock´n roll.
Mais de ça, on en reparlera... car c´est une autre histoire.
Juste le titre peut-être ? Quelque chose comme « The show must go one ».





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