| Louis
Calaferte Le Roi Victor mise en scène de Gildas Bourdet Présentation : Comme tout ouvrage humoristique digne de ce nom, et
la dignité n'est à mes yeux pas mince, "Le Roi Victor"
fait œuvre salutaire. C'est en effet à une nosographie drolatique,
et néanmoins fort pertinente, de l'origine des tyrannies tant familiales
que politiques, que s'est voué Louis Calaferte. Il met en évidence
que les racines du despotisme sont à chercher dans l'échec
qui est consubstantiel à toute volonté de gouvernement des
hommes ; échec dont le corollaire est un cortège de perversions
autocratiques qui emplissent les livres d'Histoire et les journaux télévisés.
Une fois admis l'intenable présupposé qui déclenche
l'action de la pièce -la réussite d'un complot et l'accession
au trône de France d'un couple de petits bourgeois français
de la fin du vingtième et dernier siècle- Calaferte enchevêtre
le cadre familial et celui du pouvoir d'Etat dans une sarabande de manifestes,
de proclamations, de coups de force, de pronunciamentos, de trahisons
et de retournements, de dénonciations, de jérémiades,
d'abjurations, de disputes et d'esclandres… qui renvoie à
toutes les formes de dictature qu'elles soient étatiques ou domestiques. Il n'y a pas de style Calaferte comme si à chaque livre, à
chaque pièce, il épuisait tous les procédés,
toutes les figures rhétoriques nécessaires à l'accomplissement
de l'opus en cours, au point d'être incapable de les réemployer
; comme si la langue lui fournissait un matériau inépuisable
d'une plasticité sans cesse renouvelée d'une œuvre
à l'autre. Dans "Le Roi Victor"', l'écriture de Calaferte emprunte
ses échanges de répliques brèves, où la sottise
rivalise avec leur veulerie, à la technique de Labiche. L'un et
l'autre, à plus d'un siècle de distance, mettent en scène
les mêmes dérisoires rêves de grandeur de héros
petit-bourgeois livrés aux mêmes cortèges de refoulements
et de pulsions inavouées. Le Perrichon de Calaferte part à
l'assaut des sommets du pouvoir. Plus les résistances et les difficultés
se feront vives et plus la violence s'exaspérera et plus piteuse
sera la chute. Gildas Bourdet © 2001 "Théâtre-contemporain.net". Tous droits réservés. |