Jacques Rebotier Les Trois Jours de la queue du dragon
mise en scène de Joël Jouanneau

Présentation : Joël Jouanneau / Jacques Rebotier



Avec Jacques Rebotier, écrivain et musicien, nous entrons de plain-pied dans l'univers d'un Beckett joyeux et ludique qui revendique le droit de dérailler dans le fil de la pensée dada.
Le jeu avec les mots et la langue égrène une grammaire insolite, tels les babillages de l'enfant qui commence à parler. C'est pour Jacques Rebotier une manière de proposer un bestiaire de l'imaginaire, un préambule au grand essai sur la bêtise qu'il prépare en s'amusant avec les mots comme on s'amuse avec des cubes.
" Le dragon est un être primitif, émotif, non actif. Il niche dans les coins, et se nourrit de brins de rien ". Une drôle de bête en somme, mais pas sotte et sortie tout armée d'incongru de la plume et des notes de Jacques Rebotier, auteur-compositeur tout à fait digne d'appartenir au club des " oulipots ".
Un savant farfelu, mais très documenté, nous livre tous les secrets morphologiques, psychologiques en prenant appui sur les trois jours de la vie de cet animal disparu " entré dans la légende dorée et lié à l'ancien rituel des Rogations ". Trois jours comme le temps d'une valse, comme les trois clarinettistes qui ponctuent l'exposé.
On apprend ainsi des choses qui n'ont l'air de rien, mais tout à fait indispensables à la musculation des zygomatiques.
Saviez-vous qu'au printemps le dragon dragone ?
Que son petit est un dragonot ? qu'il existe une flopée de proverbes inconnus comme celui-ci : " C'est en lisant qu'on devient liseron ! ".
Bref une histoire fantastique sans queue ni tête qui jongle avec les mots et les notes, les assonances et les consonances. Séduit par ce " conte naïf, quelque part entre la leçon de choses, leçon de musique et leçon des ténèbres ", Joël Jouanneau a choisi, pour nous donner cette drôle de leçon, Christian Drillaud, qui campe magistralement un nimbus inspiré dont les théorèmes, axiomes et démonstrations savantes " feront peur aux grands et sourire les enfants ".



Joël Jouanneau

La première question qui se pose quand on souhaite rencontrer Joël Jouanneau, c'est " où est-il ? ". Rarement là où on le cherche, là où il serait logique de le trouver. En fait, on doit le saisir au moment où il passe chez nous, arrivant d'un monde qui est le sien. Monde de poésie et de cruauté, d'innocence et de souffrance indicible. Monde vertigineux de l'enfance, approché pour la première fois au Liban pendant la guerre dans le regard d'un gamin qui le surveillait une arme pointée sur lui.

A cette époque, Joël Jouanneau était journaliste et tout au moins consciemment ne pensait pas à la scène. (…) Aujourd'hui il écrit, met en scène, travaille infatigablement, partout (…) Au cours de ses voyages au centre du théâtre (…) il éprouve le besoin de retrouver régulièrement le monde tourmenté des enfants, ces innocents insaisissables, imprévisibles, enfouis au dedans des adultes, tandis que du dehors, ils les bousculent, les regardent, toujours en demande, toujours en attente d'on ne sait quoi, parce qu'on a oublié ou qu'on a peur de se souvenir. Pour eux, pour ce qui reste d'eux quand l'âge fait croire à la raison, il crée des spectacles sans contrainte de réalisme. (…)

Au long de leur existence, certains artistes gardent vivaces en eux des fragments d'enfance qu'ils laissent parfois revivre. C'est alors que naissent leurs œuvres les plus authentiques, auxquelles il est difficile de résister. En fait, pourquoi essaierait-on ?


Colette Godard, in " L'Abécédaire "
10 ans d'Heyoka par Dominique Darzacq




Jacques Rebotier

" J'aime travailler dans le chaos, avoir plusieurs chantiers qui avancent en même temps ". Jacques Rebotier n'est jamais là où on l'attend. Pas par souci d'échapper à la critique, plus par seconde nature. " A l'école, en cours de maths, je faisais mes devoirs de français ; en français je révisais les cours d'histoire et ça ne s'est jamais vraiment arrêté. " L'idée de carrière est définitivement absente de son vocabulaire. Même si on peut le définir comme compositeur, l'enfermement dans un code musical n'est pas son genre. Ecrivain aussi et homme de spectacle, chacune de ses œuvres est un défi au théâtre, il vit chacune de ses entreprises avec une délectation sans mélange, juste celui de l'humour et du calembour. Surtout quand il aborde la question grave de l'histoire du dragon.
Beckett joyeux et ludique, Jacques Rebotier revendique le droit de dérailler dans le droit fil de la pensée dada. Le jeu avec les mots et la langue qui relate l'histoire d'un dragon en trois jours par le biais d'un conférencier et de trois clarinettes est une sorte d'introduction à un cours complet de bêtise, œuvre à laquelle il travaille.











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