| Rodrigo Garcia
Prométhée mise en scène de Serge Tranvouez La pièce Le texte de Rodrigo Garcia est construit comme un jeu de pistes autour dune figure qui resterait masquée. Du Prométhée originel, il reste peu, sinon une lointaine déclinaison sous la forme dun boxeur, corps exposé, chargé de prendre les coups à la place des autres. Mais le titre est une clé et par lui on comprend que le texte cache une thématique forte, celle du sacrifice et son corollaire : le corps contraint ou exposé ; ou en résumé : le corps sacrifié. Cette question obsède notre société depuis lAntiquité. Elle est constitutive du monde grec comme du monde chrétien (Prométhée comme le Christ est condamné et supplicié par amour des hommes). Elle ouvre sur dautres questions : le martyr est-il une figure exemplaire ou le symbole dun orgueil trop grand ? La marque de la distinction suprême après laffirmation dune croyance hors norme ? Y-a-t-il des sacrifices justes ? Qui peut en prononcer larrêt ? Des questions vite brûlantes, quasi terrifiantes, quand elles glissent de lindividu au collectif. Rodrigo Garcia développe une écriture résolument moderne (structure éclatée, jeu de répétitions, alternance de parties chorales et de monologues), reliée aux sources mythologiques, aux archétypes fondamentaux. En fait son texte joue sur le croisement entre un mythe ancien (lhistoire de Prométhée) et un mythe moderne (le monde de la boxe, espace de vertige entre ascension et chute). On peut faire plusieurs lectures de la pièce : on peut reconstituer, par déductions ou recoupements, lhistoire de ce boxeur ; il a coupé les ponts avec sa famille, ne veut plus parler de combats mais dopéra ; on comprend que deux femmes le poursuivent (sa femme et sa sur), cherchant à comprendre le mystère de son silence et de sa fuite. Ces femmes parlent du monde quelles traversent, elles sont dans le témoignage, elles osent une parole intime. Lui ne se livre pas. Il a depuis longtemps laissé son corps parler pour lui, le langage de la brutalité. Mais lintérêt du texte ne se limite pas à cette reconstitution, à cette narration. Le texte fonctionne plutôt par correspondances et associations. On pourrait imaginer que tout se passe dans la tête du boxeur après un choc trop grand et que la pièce est lensemble des paroles entendues ou prononcées, des images conscientes ou inconscientes qui traversent cette tête dans léclair brutal que le coup a provoqué. Un va-et-vient entre chaos et lucidité extrême. Le texte est ainsi une somme de paroles directes ou rapportées ; il est même composé de listes, de citations ; il ose lhumour, la gravité, le décalage (on glisse de Prométhée au Christ, du Christ à la figure de Saint Sébastien) Il est aussi fait déclats poétiques, comme si aujourdhui, il était difficile denvisager le monde autrement que dans sa fragmentation. Serge Tranvouez
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