| Laurent
Van Wetter Le Pont mise en scène de Sotigui Kouyaté Entretien :
L’envie de mourir, pour ne pas dire « l’idée du suicide », c’est le fil conducteur de la pièce ? Ils n’ont pas envie de mourir. Mais c’est tout de même ce qui les mène sur ce pont. Oui, mais très vite on comprend qu’ils se débrouillent
pour ne pas mourir, qu’ils font même tout pour ne pas mourir.
Ils se rencontrent parce qu’ils ne veulent pas être seuls,
ils veulent parler à quelqu’un. Celui qui se jette dans l’eau,
il est maître nageur ! Et le choix de ton père, Sotigui Kouyaté, pour la mise en scène, c’est venu quand ? Au départ, je devais faire la mise en scène, mais après un moment j’ai dit à Habib : Sotigui est tellement dur avec ses proches, c’est le meilleur moyen de faire ce travail sans concession ! C’est vrai, Sotigui est l’un des meilleurs directeurs d’acteurs que je connaisse. Et je ne dis pas ça parce que c’est mon père ! C’est en tout cas un grand acteur ! C’est un comédien qui a compris ce que signifie « lâcher ». Cela vient bien sûr aussi de notre culture… Ah ça, vous vous lâchez certainement plus que nous ! Toi tu l’as visiblement reçu en héritage, cette grâce-là. Est-ce qu’il y a un secret ? Oui, il faut se dire : ce qu’on fait, c’est pas grave, c’est un jeu. Et jouer, c’est avant tout un plaisir. Il y a un humour, une dérision, une distance qu’il faut avoir avec l’acte de jouer. Et les spectateurs aiment ça, parce qu’ils ne se sentent pas pris dans une démonstration du genre : regardez comme je fais ça bien. Quand je dirige, je dis toujours : Ne cherche pas à prouver. Joue. Joue pour toi d’abord et c’est ainsi que tu atteindras les autres. Parce que si tu veux en mettre plein la vue au public, tu deviens « extérieur »… …Et antipathique ! Voilà. Joue pour d’abord pour toi, ensuite pour le public. Le Pont, on travaille dessus depuis un mois et demi et la première est seulement en octobre. On répète chez Sotigui. Assis dans son salon. C’est un travail de longue haleine. Pour l’instant, on dit seulement les mots. Qu’est-ce qu’il peut nous faire suer ! (rires) Maintenant on entre dans la phase où on essaie de dire le texte sans le lire. À partir du 4 juin, on descend dans la salle. Avec déjà une première proposition de décor. Le décor, ce sera une passerelle, de l’eau, du ciel et la lune. On veut que ce soit simple, sans fioritures. Est-ce que vous allez conserver la différence sociale proposée par l’auteur entre les deux personnages ? Oui oui. Alors tu joues celui qui est issu de la grande bourgeoisie et Habib le pauvre ? Non. C’est moi qui fais le pauvre. Oui, on aurait pu faire l’inverse ! Mais quand Habib rentre dans la peau d’un bourgeois… bon Dieu ! C’est très drôle ! Il y met une telle distance que derrière, tu vois tous les bourgeois du monde ! Et c’est très simple, très juste, comme il fait ça… Il est vraiment formidable. C’est la première pièce de Van Wetter, non ? Oui. Il a d’ailleurs à peu près mon âge… Je pense que c’est une pièce un peu autobiographique. Tu n’as pas cherché à le rencontrer ? Non. On ne veut pas le rencontrer avant d’avoir fini le travail.
On ne sait pas comment il est, mais il y a des auteurs qui sont très
emmerdants. On préfère l’inviter à manger après.
Je pense qu’il a écrit cette pièce parce qu’il
a très envie de vivre et qu’il est très agacé
par la vie d’aujourd’hui, en Occident. Pourquoi ? Il n’y a pas de suicide, chez vous ? Mais non. Ça n’existe pas.
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