Pier Paolo Pasolini Orgie
mise en scène de Laurent Sauvage

Présentation :



Orgie
Un apparent dispositif sado-masochiste.
L’engagement de Pasolini à dénoncer un état de l’être et du monde.
Un chant de poésie.
Un rituel sacrificiel où se trouve mise en scène une souffrance imposée, acceptée : passer par là pour affirmer sa différence en libérant la parole, pour violer le monde afin de le régénérer, pour enfin " faire un bon usage de la mort ". Laurent Sauvage


L’espace théâtral est dans nos têtes. Ici, il n’y a pas de spectateurs : le théâtre est un. Après que nous avons parlé avec vous, applaudir ou siffler est inutile : parlez avec nous. L’acteur est un critique. Le metteur en scène est un critique. Le spectateur est un critique. L’auteur est un sujet et un objet critiques. Les scandales ont lieu hors d’ici : ici, nous accomplissons un rite théâtral. Le théâtre n’est pas un médium de masse. Même s’il le voulait, il ne pourrait pas l’être. Ici, nous sommes peu nombreux : mais en nous il y a Athènes. Nous ne cherchons pas le succès. Nous sommes peu nombreux parce que nous sommes tous des hommes en chair et en os. Les corps ne sont pas aristocratiques. Ne cherchez pas ici la spécificité du théâtre ni l’idée du théâtre. Dès que la culture est rite, elle cesse d’obéir aux seules normes de la raison et redevient aussi passion et mystère. Le théâtre est une forme de lutte contre la culture de masse. Décentrement !

Pier Paolo Pasolini





Orgie, la métaphore du sadomaso

Laurent Sauvage tient le rôle du médecin dans La puce à l’oreille de Feydeau, mise en scène par Stanislas Nordey. On prend les mêmes et on recommence pour Orgie de Pasolini, mais en inversant les rôles : sauvage est à la mise en scène, tandis que Nordey joue au côté de Valérie Lang, également présente dans La Puce.

Laurent Sauvage a la pression. Son spectacle, annoncé comme l’un des plus dérangeants de Mettre en scène, devrait faire jaser. L’intéressé ne s’en formalise pas : l’odeur de soufre le fait plutôt sourire. « J’adore Pasolini, confie-t-il. Sur les cinq pièces qu’il a écrites, j’en ai joué trois. Et j’ai déjà réalisé une mise en espace d’Orgie au théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis. » Du temps où un certain Stanislas Nordey en assurait la direction. « Avec Stan, on se connaît depuis très longtemps. On a travaillé ensemble sur une bonne quinzaine de spectacles. » Cette fois, Nordey retrouve donc sa casquette de comédien. Lui et Valérie Lang forme un couple bourgeois qui se livre, dans une chambre, à des rapports sadomasochistes. « La notion de bourreau et de victime, la métaphore du dominé-domninant sont très importantes chez Pasolini, explique Laurent Sauvage. Cette expérience érotique extrême ouvre sur un travail entre la parole , d’un côté, le corps et la chair de l’autre. Pasolini aborde ainsi ces thèmes qui lui sont chers comme la liberté et la différence.Lui-même, écrivain et homosexuel, se considère comme différent. » Le texte d’Orgie, écrit en vers, est comme un « chant de poésie », selon Laurent Sauvage qui n’en est pas à sa première mise en scène. Sa route croise donc une nouvelle fois celle de Stanislas Nordey. «Il y a aussi des respirations entre nous. Avant La Puce, on avait passé deux ans chacun de notre côté. Personnellement, je fais beaucoup de pédagogie auprès des jeunes, des adultes mais aussi des ados de banlieue. » Sur Orgie, ses rencontres rennaises auront été capitales. « C’est rigolo mais Charline Grand, qui tient le rôle de la jeune fille, vient de sortir de l’école du TNB, dirigée par Nordey. Loïc Leroux aussi. Mais, dans Orgie, il intervient sur le son, son talent caché ! »

Benoît Le Breton





L’espace théâtral est dans nos têtes Pendant les répétitions d’Orgia au Théâtre municipal de Turin, en 1968, Pier Paolo Pasolini rédigea sous forme d’adresses directes au public des réflexions sur le théâtre. Portés sur des panneaux, ces textes affichés dans les lieux de la représentation du spectacle.


L’espace théâtral est dans nos têtes.
Ici, il n’y a pas de spectateurs : le théâtre est un.
Après que nous avons parlé avec vous, applaudir ou siffler est inutile : parlez avec nous.
L’acteur est un critique.
Le metteur en scène est un critique.
Le spectateur est un critique.
L’auteur est un sujet et un objet critiques.
Les scandales ont lieu hors d’ici : ici, nous accomplissons un rite théâtral.
Le théâtre n’est pas un médium de masse. Même s’il le voulait, il ne pourrait pas l’être.
Ici, nous sommes peu nombreux : mais en nous il y a Athènes.
Nous ne cherchons pas le succès.
Nous sommes peu nombreux parce que nous sommes tous des hommes en chair et en os.
Les corps ne sont pas aristocratiques.
Ne cherchez pas ici la spécificité du théâtre ni l’idée du théâtre.
Dès que la culture est rite, elle cesse d’obéir aux seules normes de la raison et redevient aussi passion et mystère.
Le théâtre est une forme de lutte contre la culture de masse.
Décentrement !
Ni l’auteur ni les acteurs ne veulent vous scandaliser : faisons scandale ensemble.
Nous ne voulons pas nous adresser au vieux public bourgeois, même pas pour le scandaliser : voilà pourquoi nous sommes ici.
Celui qui a l’habitude de se scandaliser des innovations formelles et des problèmes nouveaux a eu tort d’entrer dans ce lieu : en effet nous n’entendons pas le scandaliser.
Pauvreté !
Pardonnez les lumières qui s’allument et s’éteignent et l’utilisation d’éléments mécaniques :
Il s’agit du minimum indispensable à la forme extérieure du rite.
A bas tous les théâtres anti-académiques qui remplacent un théâtre académique qui ne peut pas exister.
La culture italienne n’est pas nationale :
1. parce qu’elle n’a pas de tradition unitaire ;
2. parce qu’elle se fonde sur la répression et les privilèges.
Ce théâtre est donc anti-national.
Ce théâtre s’appelle Maïakovski : et ceci signifie Siniavski et Daniel, vive Carl et Smith !
Le théâtre est actuel parce qu’il est anachronique :
Les corps des acteurs et les corps des spectateurs ne peuvent être faits en série.
A bas le théâtre phatique à tous les niveaux sémiologiques !
Seule la rigueur d’un rite culturel peut rappeler la saine horreur, du rite religieux au fut le théâtre aux origines.
"La satisfaction dans l’homme est liée au sentiment de l’inattendu qui naît de l’attente" (Poe cité par Jakobson).
Rappelez-vous qu’en Italie l’attendu n’est pas préétabli : parce qu’en Italie un théâtre académique n’existe pas et ne peut exister.
Vous rappelez-vous que l’italien oral ne s’est pas encore stabilisé ?
Vous avez raison de nous désapprouver :
1. quand le charme de l’acteur prévaut sur le sens de ce qu’il dit ;
2. quand le metteur en scène régresse en faisant du théâtre un rite théâtral au lieu d’en faire un rite culturel.
Coûte que coûte : rigueur.
Le théâtre peut être comme un rite parce qu’il y a les corps.
Vous pouvez souvent fermer les yeux : la voix et les oreilles font en effet partie du corps.
Le théâtre comme rite culturel est un théâtre de parole.
Parole écrite qui est aussi parole orale non reproduite.
Le théâtre facile est objectivement bourgeois ; le théâtre difficile est pour les élites bourgeoises cultivées ; le théâtre très difficile est le seul théâtre démocratique.
Ouvrier, ta difficulté à comprendre ce théâtre consiste en un manque pur et simple de ces instruments que la société ne t’a pas donnés.
Il y a un rapport direct entre les hommes de culture et les ouvriers :
Il est donc inutile que le théâtre comme rite soit littéralement fait pour les ouvriers.


1968 - Extrait de Pasolini, Pier Paolo, la parole, le théâtre,
Catalogue du onzième festival " Théâtres au cinéma ", 15-31 mars 2000
Académie expérimentale des Théâtres/Magie Cinéma











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