| Austin
Pendleton Oncle Paul mise en scène de Jean-Marie Besset et Gilbert Désveaux Présentation : La cinquantaine volubile et rugissante, Paul habite seul dans son petit appartement de Greenwich Village à New York. Bien que sa femme et lui restent totalement dévoués l’un à l’autre, il s’est rendu tellement insupportable qu’elle l’a quitté. Mais il continue de lui parler, même si elle n’est plus là. Il s’accommoderait assez bien de cette situation – il est heureux dans son antre – lorsqu’un soir, son neveu, Joe, lui rend une visite surprise. Joe est un jeune homme très instable, potentiellement suicidaire, peut-être dangereux, en tout cas malvenu. Il semble que le seul but de sa visite soit de torturer son oncle reclus, mais le jeune homme révèle bientôt la douteuse vraie raison pour laquelle il s’est enfui de chez lui : il est venu pour tenter de ramener son oncle dans la maison familiale, afin que ses parents puissent en prendre soin. En effet, Paul a le SIDA. Joe a beau prétendre que c’est là l’unique motif de sa visite, les deux hommes sont conscients qu’il y a d’autres raisons. Ils se lancent dans une amère danse macabre tandis que la véritable nature de leurs rapports se révèle lentement. Leur détestation mutuelle n’est que de façade. Leur besoin de reconnaissance et d’amour les subjugue bientôt, les forçant à examiner leur haine d’eux-même et des autres, à accepter l’inconfortable lien de leur parenté, à brandir leur sexualité comme une arme, et, finalement, à utiliser la maladie comme une forme de suicide. Dans une conclusion violente et scandaleuse les deux hommes vont-ils réconcilier les objets de leurs quêtes respective ? DU TROPISME DE L’ONCLE … « Chaque famille classique se doit d’avoir un raté : une famille sans raté n’est pas vraiment une famille, car il lui manque un principe qui la conteste et lui donne sa légitimité. L’oncle a quarante ans et vit dans un studio de trente mètres carrés : c’est comme une chambre d’enfant, mais sans parents. La surface occupée par l’oncle est inversement proportionnelle à son age : quand il avait trente ans, il disposait d’un appartement de cinquante mètre carrés. (…) L’oncle a accumulé des erreurs de parcours réjouissantes, qui confortent la famille dans ses choix justes et nobles : chômage, divorce, absence de descendance, concubinage avec des femmes divorcées, insertions ratées dans des foyers monoparentaux, etc. (…) Outre ses errements sociaux, dont la sanction la plus irréfutable est sa scandaleuse absence de bonheur et d’enfants, l’oncle réunit sur sa personne une série de tares classiques : il fume environ quarante cigarettes par jour, soit en admettant qu’il ait accés au sommeil, deux et demie par heure. Il boit. Il est velléitaire. Il est sexuellement obsédé. L’oncle incarne donc admirablement la figure du raté indispensable à l’équilibre de la famille, en ceci qu’il s’est écarté – ou l’a-t-il été ? – de toute fonction reproductrice, et qu’il offre aux siens l’inquiétante et désirable image d’un décalage exotique. Il est fils et oncle, il a nièces et neveux, mais en aucun cas il ne peut prétendre être père, bien qu’à quarante ans le désir d’enfant le tourmente presque autant qu’une femme : mais à cet âge un homme se heurte à une limite, qui n’est certes pas physiologique mais symbolique. (…) Car l’oncle a eu de la valeur. Du moins, on entretient sournoisement cette légende : une famille qui prétend à l’exception produit nécessairement un raté de grande envergure. L’oncle est potentiellement la plus grande réussite de la famille, un investissement à très long terme pour un risque minime. Combien de fois lui fallut-il entendre qu’il aurait pu accomplir ceci ou cela au royaume des choses intellectuelles ? Mais l’oncle n’a aucun honneur, ses résolutions du matin s ‘effondrent au crépuscule comme du sable. Son âme est « inerme et languissante », selon l’expression d’un enviable Portugais, poète, fumeur d’opium, auteur d’un seul recueil, qui alla s’avachir agréablement à Macao vers 1900 en compagnie d’une Chinoise et d’une tuberculose. (…) Peut-être jugera-t-on que l’oncle, en ce début incertain de son odyssée, n’est que vinaigre, qu’il est de mauvaise foi ou qu’il manque de nuances. Certes… Mais il se considère aussi comme une espèce de Parque bienveillante et rebelle qui veille lointainement sur le destin des siens, avec d’autant plus de complicité qu’il est issu du même moule risible, douloureux, et terriblement humain. » Pierre Mérot, Mamifères
(Flammarion)
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