| Kateb
Yacine Nedjma mise en scène de Ziani-Chérif Ayad Présentation :
Marcel Bozonnet
Mohamed Kacimi
Indissociablement, l’œuvre exprime l’auteur. Nedjma est Kateb Yacine. En me consacrant à la première, c’est donc aussi au second que vont mon intérêt et ma passion. Et il est pour moi, comme pour beaucoup de ses lecteurs assidus, un symbole du poète. Romancier, dramaturge, intellectuel et tout ce qu’il fut, mais avant tout poète au sens peut-être perdu de cette mission, c'est-à-dire une sensibilité agissante de son temps, enclin à toutes les indignations, porté vers tous les combats. Une âme, un verbe, une action. Son nom seul suffit à évoquer ce triptyque. Quant à Nedjma, elle est devenue l’icône jamais peinte de l’amour et de la liberté d’une Algérie rêvée, poursuivie avant sa naissance et reconnue après elle. Avec tout mon respect et mon attachement aux écrivains algériens de talent, je ne connais pas encore d’œuvre qui dise autant ce que le nom Algérie signifie. L’œuvre est si forte de ce point de vue qu’elle échappe à son contexte. Maintenant que nous savons ce qui s’est passé depuis la parution du roman, il est possible d’y saisir son actualité quasi prémonitoire. Et plus je travaille sur cette pièce, plus je me sens travailler sur moi-même, sur l’Algérien que je suis dans le monde d’aujourd’hui. Et, à chaque répétition, à chaque séance de réflexion ou de mise au point, je vois monter le pays que nous aimons, avec ses douleurs, sa joie et sa démesure. Ce pays que nous avons en partage, nous ses enfants, mais aussi tous ceux qui par le monde se sentent éveillés à son évocation. Il y a également en Nedjma un hymne au verbe libre, toute cette jouissance du texte qui nous balance au gré de ses humeurs ses raffinements et sa crudité. C’est une interprétation littéraire majestueuse de nos façons de parler, de conter et de chanter. Tout s’y mélange sans transitions ni limites : apostrophes, paraboles, cris, formules, jurons, style direct et indirect… C’est une expression pleinement méditerranéenne où la tragédie et la comédie se donnent le la. Un texte aussi fort ne peut qu’obséder un homme de théâtre. Adapter Nedjma au théâtre. Un rêve et un pari fou. Comment amener sur les planches un tel mythe ? À force d’y réfléchir avec Mohamed Kacimi qui a conçu le texte théâtral, il est apparu qu’on ne pouvait respecter l’œuvre qu’en se détachant de son statut présumé de roman. Car Nedjma n’est pas un roman au sens académique du genre. C’est une épopée moderne où, dans une structure romanesque, se côtoient et s’interpénètrent le récit, le conte, la poésie, et même le théâtre pour certains passages. Ce n’était pas une découverte, mais reconnaître toute la portée de ce fait nous a libéré de la culpabilité d’une restitution ou d’une simple transposition. Pour la distribution enfin, mise à part, Agoumi et Amel Himeur, tous les autres rôles seront interprétés par de jeunes comédiens et comédiennes, tous algériens et vivant en Algérie, dont la fougue et la fraîcheur correspondent aux personnages et à l’esprit du texte. Ziani-Chérif Ayad
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