Jean-Luc Lagarce Music-Hall
mise en scène de Serge Denoncourt


Présentation :



Notes de création - Jean-Luc Lagarce, Juillet 1994

Naître, ce n'est pas compliqué. Mourir, c'est très facile. Vivre, entre ces deux événements, ce n'est pas nécessairement impossible (...)

Un certain nombre de pratiques solutions permettent d'échapper à l'incertitude, au doute, à la terrible réaction spontanée, à l'émotion soudaine, à la joie si grossière, à la cordialité la plus généreuse ou à la douleur sincère.

Apprendre à vivre, savoir vivre, protégera toujours du naturel et rassurera sur l'animal qui ne demande qu'à resurgir: cette part de nous si mal élevée qui laisserait parler son cœur, s'approcher de ceux qu'ils aiment sans conscience de leur rang et de leur place dans le Monde et s'éloigner des faux-semblants.

Appuyé sur le livre des convenances, des usages et des bonnes manières, on se tiendra toujours bien, on sera comme il faut, on ne risquera rien, on n'aura jamais peur.




Présentation - Dominick Parenteau-Lebeuf

Music-hall


Music-hall. Un mot qui brille comme les spotlights et les paillettes. Music-hall. Un mot qui sonne comme les chanteuses de blues sexy. Music-hall. Un mot qui goûte les martinis et les gin-fizz. Music-hall. Un mot qui flashe en lettres rouges qui font rêver. Mais, si tout cela disparaissait, comment " faire comme si de rien n'était " ? Music-hall. Se cramponnant à son tabouret et aux souvenirs rutilants de ses débuts, une chanteuse de variétés (Annick Bergeron) raconte sa vie, celle-là même qui l'a conduite, éconduite, de soir en soir, dans un decrescendo lent et désinvolte, de vrais cabarets en salles de fête en buvettes imbuvables où siffleurs de bière et publics goguenards ont succédé aux spectateurs polis. Ce soir-là, une fois encore, dans un lieu " qui croit pouvoir servir de music-hall " , accompagnée de ses deux boys (Henri Chassé et David Savard), faire-valoir aussi ineffables que substituables, elle se dévoile, à travers ses mots et les leurs, fredonne De temps en temps de Joséphine Baker et esquisse quelques pas de danse, " l'œil fixé sur ce trou noir où [elle sait] qu'il n'y a personne " .

Vivotant dans le bidonville artistique des banlieues grises, les trois personnages de Music-hall s'accrochent tant bien que mal à un monde qui les rejette, dans l'espoir - si mince soit-il - d'y (re)trouver une place, quelques miettes de gloire et un projecteur qui les sortiraient de l'anonymat. À travers cette métaphore tendre et désespérée de la précarité du monde du spectacle, Jean-Luc Lagarce s'interroge plus largement sur le sens de la destinée humaine et exprime, par le fait même, tous nos espoirs et nos désenchantements. Ne sommes-nous pas tous confrontés, la scène en moins, au succès, à l'échec, au doute et aux épreuves : à la réalité ? N'avons-nous pas tous la trouille de devenir les has been d'un monde auquel nous avons tant voulu appartenir ? N'avons-nous pas tous la phobie de vivre notre vie en vain et de n'avoir, pour tout public, que notre propre regard désespéré posé sur nous-mêmes ?

Music-hall a connu un parcours lagarcien classique : diffusée sur France-Culture (1989), mise en scène par Lagarce lui-même (1989-1990), éditée chez Les Solitaires Intempestifs (1992) puis reprise après la mort de l'auteur par le Théâtre national de Strasbourg (1999), elle connaît, elle aussi, malgré son titre aux accents d'Amérique, son premier voyage outre-Atlantique. Avec Nous, les héros et Le Voyage à La Haye, Music-hall fait partie des textes de Lagarce qui évoquent une vie que l'homme de théâtre a bien connue : celle de la tournée où les plafonds sont bas, les espoirs élevés et les repères perdus quelque part dans l'obscurité de la salle.

Dominick Parenteau-Lebeuf





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