| Jean-Luc
Lagarce Music-Hall mise en scène de François Berreur Présentation : Une actrice et ses deux indispensables boys (aucun spectacle de théâtre ne se fait seul) endossent les costumes, les rôles, tâches quotidiennes de l'acteur. Après avoir porté les valises il faut répéter les pas de danse, organiser les enchaînements, se maquiller, s'habiller, installer les accessoires (indispensables les accessoires) et en même temps négocier leurs présences sur le plateau dans les conditions optimales de sécurité (on ne saurait plaisanter avec cela), répéter le texte, faire répéter le texte, régler la régie lumière et celle du son aussi. C’est du travail. Et encore faire signer les contrats mais cela se sera vite réglé car ce soir c'est « à la recette ». Donc se soucier des recettes et du public, viendront-ils ? Attendre donc. Vivre. Qu'importe nous jouerons, nous avons joué. François Berreur mars 2005 Une nuit, à la sortie de la gare de Besançon (Doubs), j'a vu sous la neige, portant ses valises et renonçant aux taxis, s'éloigner le chanteur Ringo Willy Cat, celui-là qui épousa la chanteuse Sheila, qui fut une grande vedette, comme nous disions, qui chanta avec lorsqu'ils se marièrent, "Laisse les gondoles à Venise..." - mon frère et moi, nous reprenions le refrain en choeur - et qui venait pour deux soirs, un vendredi et un samedi, chanter ses anciens succès dans une boîte à streap-tease de cette froide ville de l'Est. Une fois, et cela, c'était à Morez (Jura), le directeur de la salle des fêtes nous expliqua que la semaine précédente, d'autres avaient eu plus de chance que nous, avec du catch féminin arbitré par un nain. En Italie, à Aoste (Aoste), il neigeait et tandis que nous mangions tous les trois dans un restaurant désert, abandonnés de ceux-là mêmes qui nous avaient invités, les garçons et les cuisiniers regardaient à la télévision un jeu de braillard et coloré. Sur un bateau, au large de la Grèce, une grosse femme, par deux fois, revint gagner sa place, les acteurs la voyaient lentement passer, un verre de Martini à la main. Un petit garçon est venu me tirer par la manche, entre deux scènes, derrière le paravent et m'a dit : "- ça va trop vite, je ne comprends rien du tout ! ". Une autre fois, et la tempête dehors faisait rage, un bonimenteur, que nous ne connaissions pas, vint dire que nous allions être drôles et nous, derrière le rideau, nous nous sommes mis à trembler de peur. Le plafond était si bas - je ne m'en souviens plus - le plafond était si bas que l'actrice décida de ne pas mettre ses souliers à hauts talons de peur de toucher les projecteurs avec son chignon alambiqué. Une dernière fois - et c'est comme dans un rêve - , je me suis trompé de porte et je suis entré par la porte centrale, au fond de l'immense scène du Châtelet, devant une salle vide totalement éclairée, et je suis resté pétrifié Derrière un rideau, une fois, et cela parlait d'acteurs encore, une chanteuse fondit en larmes aussitôt le rideau baissé et toute la salle l'entendit et éclata de rire. Une comédienne, mais cela, on ma l'a raconté, se trompa de vile dans une tournée et au début de la soirée arriva à la porte d'un théâtre fermé tandis que toute la troupe l'attendait à plusieurs centaines de kilomètres de là. Jean-Luc Lagarce
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