| Jean-Luc
Lagarce Music-Hall mise en scène de François Berreur Extraits : (...) La Fille. - Le tabouret, ce tabouret-là, il est à nous, nous l'avons acheté, il est, d'une certaine manière, notre propriété, ma propriété, j'ai mis plus de mon argent, car je l'utilise plus que les deux autres, et aussi - c'est ce qui est convenu, lorsque nous nous quitterons, mais définitivement, " pour toujours ", lorsque nous nous quitterons définitivement - je l'emporterai avec moi. Au début, il y a longtemps, lorsque nous avons commencé, de la même manière que nous réclamions la porte au fond et le magnétophone à bandes magnétiques - mais la porte au fond, logique, nous n'allons pas l'emporter avec nous, logique, et le magnétophone à bandes, il ne faut pas rêver, plus tard, je ne dis pas, je rêve mais je ne dis pas, le magnétophone à bandes, ce n'était pas possible, pas assez d'argent et celui-là, l'autre, là, celui-là fait bien l'affaire, l'un dans l'autre, il chante et on n'y voit que du feu, presque que du feu - oh là là, au point où nous en sommes ! Au début, nous demandions le tabouret, c'était prévu, et il devait être là lorsque nous arriverions, et en bonne place, et tellement nécessaire que nous n'aurions pu nous en passer, ce que nous disions toujours pour leur faire peur et qu'ils le cherchent et qu'ils le trouvent et qu'il ne manque pas. Nous le demandions. J'en ai vu, des tabourets ! Des grands, des petits, des " à-trois-pieds ", " à-quatre-pieds " mais pas de la même hauteur, et des tabourets avec dossier, et ce n'est plus un tabouret, moi, je leur disais, et ce n'est plus un tabouret, et eux, ils rigolaient, ils me disaient " Qu'est-ce que ça fait ? " " qui peut le plus peut le moins ", et une chaise, - parce que franchement appelons les choses, ces satanées choses par leur nom, leur satané nom ! Et une chaise, ils me disaient, une chaise, c'est mieux qu'un tabouret. Allez leur faire comprendre ! Jamais rien compris. Comment faire un tour complet sur une chaise, je leur demandais, comment faire un tour complet, comme ça... Bon, j'y arrivais ! Et je tournais, je faisais un tour complet, bon... J'en ai vu des tabourets, j'en ai vu ! En même temps, avec le recul, aujourd'hui lorsque j'y songe, ce n'était pas les pires ceux-là, non, plutôt serviables et croyant bien faire, rendre service, n'ont jamais rien compris, mais n'ont pas mauvais fond - cela part d'un bon sentiment, confondent le confort avec l'art, bon ! Appelons ça comme on veut ! L'art, et confondent une chaise avec un tabouret - non. Les pires, les plus terribles, c'étaient, et cela arrivait souvent, très souvent, et tellement de plus en plus, à la fin, avant qu'on ne décide à investir, - à la fin, il n'y avait plus que ça - les pires, c'étaient ceux qui mettaient en guise et place et lieu encore de tabouret sur pieds élevés une petite chose courte et trapue, et ridicule, haute comme ça, petite comme ça, pas plus haute, moins encore, bon, je me penche pour montrer plus précisément, je tombe. Tabouret à traire les bestiaux bovins, trois pieds et une planche de bois. J'en ai vu. J'en pleurais parfois, il n'y a pas d'autre mot, j'en pleurais, j'étais là, les jambes croisées, haut, très hautes, les genoux au niveau du front, une vache sur un tabouret à vache, lente et désinvolte. (...) (...) Le Premier Boy danse à peine, tout seul. On entend toujours la même chanson : " Ne me dis pas que tu m'adores, Embrasse-moi de temps en temps Un mot d'amour, c'est incolore, Mais un baiser, c'est éloquent... " C'est Joséphine Baker qui chante mais le Deuxième Boy chantonne aussi, comme on suit les paroles, maladroitement, d'une chanson entendue à la radio ou sur un disque et le Premier Boy danse tout seul, à peine, sur cette musique-là. La Fille, elle, elle les regarde, je crois. (...) La Fille. - Quatorzième côté gauche
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