Alejandro
Tantanian Muñequita ou
jurons de mourir avec gloire mise en
scène Matthias Langhoff Présentation
:
Rencontre et inquiétude
Muñequita ou jurons de mourir avec gloire
est le fruit d’une rencontre et d’une inquiétude.
La rencontre eut lieu dans la ville de Buenos Aires où
s’étaient donné rendez-vous Marcial Di Fonzo Bo et
l’auteur de ces quelques lignes, écrites sans trop de hâte
mais avec une profonde joie. Marcial se proposait de donner forme à
son nouveau projet. Il le fit, dans la superficie étendue de cette
ville, lors de rencontres avec des auteurs qui consacrent la majeure partie
de leur temps à l’écriture de pièces de théatre
à l’issue incertaine. J’étais l’un d’eux.
Et la rencontre fut comme une rencontre entre deux vieux
amis. L’humour, quelques repas, la température de nos cafés,
des blagues et autres clins d’oeil - que seuls deux "porteños",
les habitants de Buenos Aires, peuvent percevoir - tout cela fut pour
nous les preuves que cette rencontre n’avait pas
été inutile et encore bien moins due au hasard. Cette première
rencontre a été suivie de beaucoup d’autres
tout au long du séjour de Marcial dans cette ville, et le rêve
grandit jusqu’à donner forme à cette pièce
livrée aujourd’hui au regard de tous et à son destin
propre.
L’inquiétude se réveille face à
l’obsession de l’Argentine pour ses morts. Toute société
tente d’engager un dialogue avec ses morts. C’est au moyen
de cette opération qui tient de la pratique du médium que
nous pouvons entrer dans le passé. L’ange de l’Histoire
traverse le territoire du présent, tourne le dos au passé,
son corps se dirige vers l’avant et son regard se loge au-dessus
des événements passés. La marche de l’ange
est éthérée : il ne se pose pas sur les choses, il
ne fait que les survoler. Mais ici, dans ce pays, en Argentine, l’ange
semble avoir “rasé” l’Histoire et les corps qu’il
laisse sur son passage sont les témoins de la violence exercée
depuis que cette nation cherche à exister en tant que telle. C’est
donc la relation complexe et violente que l’Argentine entretient
avec des corps morts (ou l’absence de corps) qui réveilla
en moi cette inquiétude qui put se traduire en
quelques images et quelques mots. Ceux-là même qui aujourd’hui
survolent – ou, peut être, “rasent” - cette pièce.
Alejandro Tantanian
Buenos Aires/ Argentine, 16 septembre 2003
Muñequita, une métaphore de l’Argentine
Une synthèse de l’horreur, un paradigme de l’impossible
Le corps de Muñequita est un champ de
bataille.
Un corps qui se fragmente en quête d’unité.
Tout en Argentine est basé sur le système binaire.
0 et 1 ou blanc et noir
pour tout
Tout est dualité
Tout doit avoir son contraire, son antipode immédiat :
Boca Juniors contre River Plate (les deux équipes de foot opposées
par excellence),
Péronistes contre Anti-péronistes, Unitaires contre Fédéraux.
Militaires contre civils. L’Etat contre le peuple. La vie ou la
mort.
Partir ou rester.
Que pourrait-il se passer si l’on trouvait une troisième
option ?
Que se passerait-il si l’on avait un corps qui ne soit ni masculin,
ni féminin, mais qui porte en lui les deux ?
Que pourrait-il se passer pour un corps de ce genre dans un pays comme
celui-là ?
Après la Boucherie de Garcia,
les murs se retournent, nous sommes dans la chambre froide.
Les corps illustres de l’Histoire de ce pays y reposent.
Arrive alors La muñequita, ou plutôt elle revient . Comme
un cadavre qui chercherait ou aller.
Elle est LA MEMOIRE d’un pays volontairement amnésique.
Un corps qui porte en lui toutes les Argentines.
Tous les discours.
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