Spectacles
Le cochon est-il une série de tranches de jambon ?
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Cacophonie ou manifeste pour la sauvegarde de la métaphore
Variations non pas culinaires mais littéraires autour du cochon : un spectacle qui tranche dans le lard et questionne notre monde pas toujours rose.
Tout est bon dans le cochon, dit-on, mais la bête à la queue en tire bouchon n’est tout de même pas toute rose ! C’est ainsi que Pascale Henry pose son regard pertinent et coquin sur notre monde qui ne tourne décidément pas rond. Huit voix de femmes se donnent à entendre et constituent, en choeur, une élégie poignante et drôle à la gloire du cochon, miroir métaphorique de nos outrances, de nos travers, de nos violences. L’homme n’est qu’une bête pour l’homme et le cochon véhicule le pire comme le meilleur : on le dévore de la tête aux pieds en le traitant de tous les noms ; il se nourrit de déchets pour n’en laisser aucun dans nos assiettes… Après Valses, la metteur en scène grenobloise revient à l’écriture, avec une douce ironie et un enthousiasme certain, une plume affûtée doublée d’un humour avéré. Sa manière à elle de trancher dans le lard.
Pascale Henry est une femme de théâtre. Une femme de théâtre accomplie. Les mots, avant de les écrire elle-même, elle les a longtemps portés -en tant que comédienne, puis révélés- en tant que metteur en scène. Après une formation au Conservatoire d’art dramatique de Grenoble et des débuts prometteurs en tant qu’actrice et chanteuse, Pascale Henry fonde sa propre compagnie en 1989. Parce qu’elle n’aime rien tant que gratter le dessous des choses, elle la nomme Les voisins du dessous. Gratter le dessous, gratter le vernis, pour révéler la vraie nature des choses : voilà son ambition. Tous ses spectacles tentent en effet, sur un mode jubilatoire, d’interroger ce qui fonde cette chose étrange d’exister et de garder au théâtre sa fonction essentielle de “dire”. Dire en tant que metteur en scène mais aussi en tant qu’auteur, deux positions entre lesquelles elle ne veut choisir. Toutes deux participent à son objectif : la mise en résonance du monde. Un riche, trois pauvres, Les tristes champs d’Asphodèles, Inconnu à cette adresse la consacrent en tant que metteur en scène, puis vient Valses qui nous la révèle comme auteur. En s’attaquant à un sujet des plus rebattus, l’amour et ses atermoiements, elle prouve qu’elle sait éviter les poncifs et imprimer sa propre patte par une écriture pétillante qui flirte avec le sensible sans être larmoyante, avec l’acerbe sans être amère. Avec Le cochon est-il une série de tranches de jambon ?, elle dissèque notre société par voies multiples. Le récit se fragmente en éclats qui se répondent, morceaux d’un même miroir qu’elle tend à la société. Des voix multiples qui soulèvent l’interrogation, qui n’affirment rien, n’imposent pas de morale mais posent les questions. Les bonnes.