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Jean-Luc
Lagarce J'étais dans ma maison et
j'attendais que la pluie vienne Présentation : L'auteur / Le metteur en scène Présentation par l'auteur Cinq femmes dans la maison, vers la fin de l'été, de la fin de l'après-midi au matin encore du lendemain, lorsque la fraîcheur sera revenue et que la nuit et ses démons se seront éloignés. Cinq femmes et un jeune homme, revenu de tout, revenu de ses guerres et de ses batailles, enfin rentré à la maison, posé là, dans la maison, maintenant, épuisé par la route et la vie, endormi paisiblement ou mourant, rien d'autre, revenu à son point de départ pour y mourir. Il est dans sa chambre, cette chambre où il vivait lorsqu'il était enfant, adolescent, où il vivait avant de les quitter brutalement, il est dans sa chambre, c'est là qu'il est revenu se reposer, mourir, possible, achever sa route, son errance. Elles tournent autour de ce jeune homme dans son lit. Elles le protègent et se rassurent aussi les unes et les autres. Elles le soignent et écoutent sa respiration, elles marchent à pas lents, elles chuchotent leur propre histoire, cette absence d'histoire qu'elles vivent depuis qu'il les quitta et son histoire à lui, sa longue balade à travers le monde, sa fuite sans but et sans raison. C'est une lente pavane des femmes autour du lit d'un jeune homme endormi. Le sourd ballet des filles et leurs éclats parfois, leurs haines rentrées qui explosent soudain, les cris et les chuchotements, le règlement des comptes et les derniers déchirements avant l'apaisement définitif, désespéré. On lutte une fois encore, la dernière, à se partager les dépouilles de l'amour, on s'arrache la tendresse exclusive. On voudrait bien savoir. Elles l'attendaient, longtemps déjà, des années, toujours la même histoire, et jamais elles ne pensaient le revoir vivant, elles se désespéraient de jamais avoir de nouvelles de lui, aucune lettre, cartes postales pas plus, jamais, aucun signe qui puisse rassurer ou définitivement faire renoncer à l'attente. Aujourd'hui, est-ce que enfin, elles vont obtenir quelques paroles, la vie qu'elles rêvèrent, avoir la vérité ? Il est capable aussi de dormir toujours, de s'éteindre sans plus jamais leur parler, les laisser à leur folie. (...) La première femme, la deuxième femme, la troisième femme, la quatrième et la cinquième, toutes semblables, toutes sensiblement du même âge, habillées à l'identique, le même tissu sur la tête, cachant le visage, la même couleur pâle, comme les murs, comme la lumière de cette fin d'après-midi. Jean-Luc Lagarce
J'ai toujours aimé regarder les écrivains de théâtre mettre sur la scène du monde des individus exclus, oubliés : des chômeurs de Karge dans La Conquête du Pôle Sud à Pylade le silencieux sublimé par Pasolini... Cet instant magique où s'empare de la parole celui qui ne savait pas s'en servir ou s'en croit indigne, incapable. C'est peut-être cette force-là qui me touche dans les deux derniers textes de Jean-Luc Lagarce. Que ce soit ces cinq femmes de J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne qui parlent après avoir été silencieuses depuis toujours et qui ne savent pas s'arrêter, qui en font un moyen de survie, ou que ce soient Antoine et Suzanne dans Le Pays Lointain, qui une fois que la parole s'empare d'eux, ne savent plus s'en défaire. Oui, cet instant, dans une vie, où les langues se délient, moments furtifs et bouleversants, toutes ces pensées retenues, empêchées d'être au grand jour, au moment de la révélation. Je ne sais pas ce qu'il y a d'autobiographique, d'intime dans le théâtre de Jean-Luc Lagarce. Tout et rien, bien sûr, ou plus exactement un mélange impossible à démêler du tout et du rien. C'est une écriture qui se donne apparemment à l'autre sans résistance mais il me semble que de ces phrases très longues qui ne savent pas se terminer, qui vont au bout du souffle de vie, à la limite du supportable, on ne peut venir à bout si facilement. "J'étais dans ma maison" est le premier opus d'un diptyque dont le deuxième versant verra le jour à l'été 1999 "Le pays lointain" dernière pièce de Jean-Luc Lagarce. Stanislas Nordey
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