| Alexis
Armengol Iku #1 mise en scène de l'auteur Présentation : Du japonais : jouir En japonais, Iku, titre du spectacle présenté par la compagnie Théâtre à cru, signifie « jouir ». C’est raide, direct, chauffé à blanc par le metteur en scène Alexis Armengol. Epaulé sur le plateau par le danseur Pascal Allio, interprète d’excellence de la danse contemporaine française, et la chanteuse Claire Touzi Dit Terzi, incandescente comme chacun sait depuis sa prestation dans Iris de Philippe Decouflé, il explore cet étrange territoire qu’est le corps amoureux. Dans un dispositif bifrontal propice à l’intimité physique entre les acteurs et le public, le trio d’artistes intempestifs prend à la gorge le scénario de l’amour et du sexe, histoire d’en savoir un brin davantage sur ce qui nous bouleverse au point parfois de ne plus être tout à fait nous-mêmes. A quoi reconnaît-on l’amour lorsqu’il se manifeste ? D’où viennent ces symptômes physiques qui nous transforment ? La violence frénétique de la sexualité est-elle sensualité ou angoisse à la recherche d’une impossible possession ? Si être en couple c’est ne faire qu’un, lequel finit par bouffer l’autre ? Deux hommes face à une femme réinventent le chiffre deux et toutes les formules possibles de cette aventure infinie qu’est la rencontre avec l’autre. Dans cette fouille au corps des sensations les plus enfouies, les plus troubles de l’humain lorsqu’il aime et désire, Claire Touzi Dit Terzi, qui vit sa voix comme un scénario de cinéma plein de rebondissements, garde le cap d’une volupté écorchée qui sait si bien raconter le corps et ses désordres, ses déboires et sa jouissance. Un hymne à l’amour Etre en couple, c’est ne faire qu’un, mais lequel ? Iku#1, c’est l’histoire d’un instant, d’une déflagration, d’une révolution domestique qui fera que rien ne sera plus comme avant. Conversation intime et publique La difficulté quand on parle d’amour, c’est d’éviter de sombrer dans la poésie creuse ou dans la banalité des formulations préétablies. Il y a quelque chose d’in-nommable dans l’amour, justement parlons-en, le sourire aux lèvres. Deux ans après la création du spectacle, cette nouvelle version d’Iku prend la forme d’une conversation intime et publique. Les personnages rompent avec leur passé, mais pour devenir quoi ? Cette rupture est forcément exposée au regard de l’autre, il y a des témoins : en premier lieu évidemment les spectateurs, mais également tous les absents, « les fictionnels » : la famille, les amis, les inconnus et les consciences, « bonnes ou mauvaises ». Parler de l’intimité (dans le couple et avec soi-même) a été notre préoccupation essentielle au cours de cette création, et c’est elle qui lui donne tout son sens. L’amour naissant Les personnages d’Iku questionnent leur relation, et pour se faire, reprennent au début : leur rencontre, l’amour naissant*, instant extraordinaire difficile à définir, ils s’en amusent et tentent de comprendre ce moment de vérité où l’on se reconnaît l’un l’autre comme porteur des mêmes aspirations. Peut-être même en profite-t-on pour se connaître un peu. L’amour cherche l’authenticité. La société, elle, cherche, même dans ce domaine, à asseoir l’institution : le couple. Mais la discontinuité est le propre de l’amour, il ne peut être égal dans le temps, or le quotidien du couple refuse cette intermittence amoureuse et l’autonomie nécessaire à chacun. Une fois l’amour installé, que faisons-nous de notre soif de renouveau ? La violence frénétique de la sexualité est-elle sensualité ou angoisse à la recherche d’une impossible possession ? L’institution permet-elle d’autres amours naissants ? Peut-on aimer deux personnes à la fois ? Quelle place y a-t-il pour l’amour dans ce pacte institutionnel ? Et pourquoi après tout devrions-nous choisir l’institution ? Pour ne pas finir seul ? Une nouvelle fois analphabètes de l’amour, entre fantasme et réalité, douleur et plaisir, les personnages tentent de comprendre et d’apprendre. Mais peuvent-ils tout se dire ? Quoi qu’il advienne, ils vont avoir à faire le deuil de leur couple. Malgré toute la souffrance, ce deuil reste un hymne à l’amour. Mais s’ils se séparent, que restera-t-il d’eux ? Une autre narration Juxtapositions, collages, rapprochements intempestifs d’images, de musiques, de chants, de mouvements et de paroles contribuent à créer un cubisme des relations, où les perspectives sont faussées et les différents angles de vue accolés. Nous travaillons depuis plusieurs années sur ce que l’on pourrait appeler une forme concert du théâtre ; elle permet une relation singulière aux spectateurs et travaille sur les lisières, les frontières entre personnage et interprète, jeu et non jeu pour mettre en place une autre narration. Alexis Armengol * terme emprunté à Francesco Alberoni |