Lothar Trolle Hermès dans la ville
mise en scène Olivier Maurin

Présentation :




Dans la mythologie grecque, Hermès est le Dieu maître des voleurs. Un dieu menteur, un dieu farceur. Il est bien décidé à prendre en douce sa part de bien être et de reconnaissance sans attendre qu’on lui attribue. A peine âgé de quelques mois, profitant d’une nuit sans lune, il se glisse hors de son berceau et gambade pour aller dérober un troupeau de génisse appartenant à Apollon.
C’est grâce à ce vol, et à la ruse avec laquelle il le dissimule, qu’il parvient à acquérir sa place comme dieu à part entière dans l’Olympe.
Mais qui serait-il, cet Hermès, aujourd’hui, dans notre société ? Quel visage lui donner ?
C’est sûrement un personnage multiple. Et ces Hermès, voleurs, assassins, « démons qui avec nous peuplent les villes », déambulent dans la cité. Ils ne sont pas seulement à la recherche d’un bon coup, mais aussi de tout ce qui peut ressembler à leur part de communication, dans l’attente… « qu’il vienne, qu’il vienne, le temps dont on s’éprenne. »
La pièce de Lothar Trolle ne raconte pas une histoire, mais toute une série d’histoires. C’est un groupe de gens, un chœur, qui racontent et jouent tantôt des histoires de notre quotidien, (comme des récits journalistiques), tantôt imaginent un conte ou encore réinventent le mythe d’Hermès. Pour Trolle, il faut utiliser les histoires mythologiques et les contes pour réapprendre à dialoguer et à rêver. Hermès, encore au berceau, volant le troupeau de vache d’Apollon, n’est pas pour nous qu’une histoire du passé. Un nourrisson qui commet un vol, c’est comme une question lancée à la face de l’innocence.
Car les mythes sont une expérience collective qui se répète. On peut les varier à l’infini, comme les rêves. En les réinventant, on les enrichit.
Et puis, il y a des histoires qui nous font peur. Mais pas la peur dans laquelle on se plaît à entretenir les adultes, non, une peur plus archaïque,…comme la peur du noir. La peur dans laquelle les contes emmènent les enfants. Celle dont on a besoin, et qu’on peut partager en la racontant.
« Hermès dans la ville » est un joyeux art du collage, du montage. Lothar Trolle mène un double dialogue avec la littérature et avec le quotidien, et n’hésites pas à jouer avec la citation des « classiques », de l’Ancien Testament à Jean Luc Godard. Parce que les mots appartiennent à ceux qui les prononcent. C’est un appel pour jouer avec toutes les dormes qui s’entrechoquent. Et on peut faire renaître la beauté de quelques vers de Rimbaud qui se mêlent à une histoire des plus quotidiennes et comme dit Trolle redécouvrir que l’on peut comprendre les angoisses, que les désirs sont nommables, et que c’est là où on l’attend le moins que l’utopie est la plus présente : dans le jeu gratuit.





La prose des journaux, Lothar Trolle en fait de la poésie. Il a su faire un objet de théâtre des vols, enlèvements, meurtres, tels que l’hebdomadaire Wochenpost les relatait, en RDA. Hermès dans la ville est une pièces en quatre scènes : A.B.C etc. ou les démons qui, avec nous, peuplent les villes, Le Dieu flâne, De l’enfance d’un Dieu ou moi aussi j’étais prince en Arcadie, Hermès dans la ville (Mauvais sang).
C’est une épopée sur la ville devenue banlieue, où les supermarchés tiennent lieu de maisons de la culture. C’est un récit sur les autoroutes, parcourues de restoroutes en restoroute, où crime, vol, viol ont envahi les toilettes. Un univers, où le téléphone est l’arme du crime, où les mythologies nouvelles font référence aux dieux de la Grèce, maîtres es beaux-arts du meurtre organisé et autres exactions, où la bible fonde toutes les catastrophes, présentes et à venir, où « Dieu invente le déluge, un fléau plus dévastateur que la bombe atomique ».
A quel Moise se fier ? Quelle arche de Noé sera le lieu de survie ?
Le théâtre de Lothar Trolle (une quinzaine de textes) décline ces questions, de monologues en monologue, de récit en récit, mis en regard les uns avec les autres, plus particulièrement dans ses écrits les plus récents. Dans les 81 minutes de Mademoiselle A, sept caissières d’une grande surface refont le monde dans un cagibi qui leur sert de vestiaire. Son dernier texte, Le Trou du chantier, vient d’être créé au Berliner Ensemble, à l’initiative de Heiner Mûller.
Lothar Trolle appartient à l’après-Muller, quand bien même il est son contemporain. Il s’inscrit dans sa déchirure Est-Ouest où il s’avère que le capitalisme réel n’est pas une alternative à l’implosion du socialisme réel. Il s’inscrit dans l’histoire de la littérature allemande, qui commence avec Luther, qui a été mis en crise par Buchner…qui se produit jusqu’aux dadaïstes et expressionnistes, ce s « poètes brûlés » pour avoir « dégénéré l’art », dans une Europe, accolée à l’Asie, à Byzance. Dans son écriture, il s’ingénie à poser des questions au théâtre (un art archaïque promis au musée s‘il cesse de s’inventer), afin qu’il innove enfin, Lothar Trolle, bien qu’il ait renoncé au théâtre dialogué, fait dialoguer l’ancien et le nouveau, au théâtre.







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