Pascal Adam Vie et mort du général Pitbull
mise en scène Romain Bonnin

Présentation :



Work in progress

Par son volume, la version originale de Vie et mort du général Pitbull se destinait à être une pièce autonome pour le lecteur aussi bien qu'un matériau modulable à des fins spectaculaires.

Le passage au plateau demandait donc, en fonction de contingences proprement théâtrale, un dialogue permanent entre l'écriture et la mise en scène. Commencé en amont des répétitions avec Romain Bonnin, ce travail de coupes et de réécriture s'est poursuivi tout au long de la création.

Le texte même dont disposaient les acteurs au commencement des répétitions s'est vite révélé n'être qu'une version intermédiaire. L'inversion et la réduction de scènes, l'écriture de scènes nouvelles ont toujours été pensées dans ce dialogue prenant acte des valeurs rythmiques du spectacle.

La question principale était sans doute celle-ci : Comment résoudre au plateau les situations proposées par un texte dont la finalité est qu'aucune solution n'advienne ?

Pascal Adam

 



Extrait du prologue

Au commencement, Louis est plaqué par sa femme, viré par son chef, ruiné par son juge, placé sous anti-dépresseurs par son médecin. D'où s'ensuit qu'en 1863, le général confédéré Pitbull part au combat et fait d'émouvants adieux à sa fiancée tandis que dans les Balkans les soldats Tom et Bob commencent de se demander où est passé le front de la civilisation occidentale. D'autre part, c'est un Président diminué à force de bombance qu'une infirmière et un médecin soignent avec un étrange acharnement thérapeutique, au point que lorsqu'ils cèdent la place aux conseillers de la cellule de crise permanente, ceux-ci peuvent annoncer au Président leur ignorance de l'état réel de la guerre et sa prochaine défaite électorale. Pendant ce temps, Frankie jeune mafieux aux dents longues, prononce une violente homélie lors de l'enterrement de son père, avant de se lancer dans une conversation avec son frère Louis sur la réelle pauvreté du défunt. Touché par l'état de dénuement qui accable également son frère, Frankie lui offre sa femme, Marie, chanteuse ringarde. Toujours en quête d'un front mystérieusement évanoui, Tom et Bob commencent à avoir faim. Mais au même moment, Marie (la nouvelle femme de Louis), Louis (le frère de Frankie) et Frankie lui-même racontent leurs vies avant d'être conséquemment interviewés par Monsieur Loyal. Alerté par un carnage en province où des informations d'importance internationale se sont évaporées dans la nature, averti par ses conseillers du suicide de son conseiller favori et conscient de l'incompétence de ceux qui lui restent, le Président s'en remet à son Ministre de l'Intérieur, lequel introduit Frankie qui a juste le temps d'avouer que les affaires sont liées et qu'il est lui-même l'assassin du conseiller suicidé avant que le spectre de ce conseiller, accompagné du spectre de Louis ne viennent entraîner vers l'abîme les conseillers, le Président et Frankie. Moyennant quoi Tom et Bob toujours perdus, hallucinés sans doute par l'absence de nourriture, rêvent de civils ennemis qu'ils abattraient sans risque avant de les manger tandis que les généraux confédérés Lee, Longstreet et Pitbull réunis aux environs de Gettysburg décident du plan fameux de la bataille par lequel le Sud confédéré sera vaincu. Avant le combat, le spectre de sa mère rend visite au général Pitbull, lequel profite de cet état second pour abattre l'un de ses soldats, inscrivant ainsi contre son camp le premier mort de Gettysburg. Après quoi c'est pour de bon la guerre, racontée par elle-même.





Ce qui se mon(s)tre

La pièce de Pascal Adam ne résout rien. Fuite du temporel, absence narrative, trouées de sens, dissolution du sujet dramatique, érection du néant comme principe de survie… autant d'éléments pour une définition d'un théâtre de l'impossible qui ne doit pas se comprendre comme une impossibilité à faire théâtre. La pièce nous invite à entendre ce qui est dit et à voir ce qui est fait. Elle montre, simplement, en nous tendant un miroir. Ce que nous y voyons alors, c'est ce même pourtant différencié, ce nous-même montré, c'est ce monstre, en nous, qui est parlé.

Vie et mort du général Pitbull montre le monde et invite à nous y refléter. Ce qui se laisse voir alors, c'est ce qui nous est montré : le miroir du monde, c'est le monstre montré. Ce qui se montre alors se monstre, fait de nous des monstres différenciés et apparentés. Pitbull invite à la double monstration du monde : Pitbull montre en monstrant puis monstre en démontant. C'est ce démontage permanent qui agit la pièce.

L'impermanence de structure identifiable renvoie à l'impossible d'une lecture univoque du monde. Le monde monstré - le monstrueux - est polymorphe et ne se laisse regarder que subrepticement. La simple action du regard sur lui le fait se transformer. Le monstre appartient à l'informe, il ne se laisse aucunement maîtriser. Comment alors, pour le metteur en scène, montrer ce qui ne se laisse voir que dans son impermanence formelle ? Penser le continu en dialogue du discontinu permet de réaliser la jonction entre l'informel et le formalisé. Le principe de continuité s'appuie sur la volonté d'écarter le personnage de toute fonction psycho-sexuelle. Il y a, pour les personnages de la pièce, une volonté de les traiter dans le sens d'une incapacité qu'ils ont à se sexualiser.

Dé-sexualiser les personnages revient à les élever à un rang strictement figural. Figurer, c'est alors pour le metteur en scène, la liberté de reconfigurer puis dé-figurer le monde. Ce principe de figure dé-sexualisée donc re-sexualisée par ce nouveau dispositif permet de réaliser le projet de monstration du monde sans pour autant figer le propos dans une approche binaire. La monstration figurale se propose comme troisième terme. C'est par elle que s'ordonne et se construit ce singulier théâtre du monde que nous offre Pascal Adam.

Romain Bonnin











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