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NOTE D'INTENTION - Matthew Jocelyn

En mars 2001, nous allons créer fils nat. de Graham Smith. Ce sera l'aboutissement d'un travail de laboratoire que nous avons mis en œuvre cet automne et que nous poursuivrons, par périodes, durant l'hiver. Nous, ce sont quatre acteurs, l'auteur, un chorégraphe, un scénographe et moi-même : une optique de travail rendue possible grâce à un noyau de troupe permanente à Colmar (déjà un comédien et une comédienne !), à la présence de l'auteur en tant qu'artiste associé à l'Atelier du Rhin, et à un désir profond, après de nombreux spectacles plus peuplés et de spectacles lyriques, de travailler en petit format, de façon intime, avec une matière en gestation lente.

Nous allons prendre le temps parce que je voudrais que ce spectacle ressemble à la plage lorsque vent et marée sont déjà passés, et que du château de sable (ou du château tout court) il ne reste que la fondation, le socle tellement enraciné dans le sol qu'il en fait maintenant partie. Je voudrais qu'il ressemble au châle tant chéri de grand-mère, (de toutes les grands-mères), usé, mité, mais dont la trame fragile laisse deviner d'autant mieux son ancienne splendeur, son épopée. Nous allons prendre le temps pour que ce texte hypnotique glisse sans effort des bouches et des corps des acteurs, pour qu'il se révèle tel qu'il est écrit : une évidence, un contour sous le sable, une trame qui en dit long.

C'est un texte qui est pourtant relativement court - six scènes en tout (et une cinquantaine de pages). Il y a quatre personnages : Constance, Dormont, Valère et Rosalie. Deux femmes et deux hommes. fils nat. raconte l'amour. Pour commencer, il y a le frère (Valère) et la sœur (Constance), la femme du frère (Rosalie) et le conjoint de la sœur (Dormont). La femme du frère aime le conjoint de la sœur (par qui elle a été élevée) et à son tour est aimée par lui. Ils finiront ensemble. Pour y arriver, six scènes à deux : la sœur et son conjoint (qui la quitte) ; le frère et feu son meilleur ami (le conjoint) ; le frère et la sœur (qui se savent abandonnés tous deux) ; la sœur et son ancienne protégée (la femme de son frère) ; le frère et sa femme (qui le quitte) ; l'amante (la femme du frère) et l'amant (le conjoint de la sœur) qui s'aiment.

Six regards sur l'amour : conjugal, extra conjugal, fraternel ou entre sœurs, amical, libre. Six objectifs à travers lesquels percevoir une gamme (sinon la gamme) des émotions -comportements - discours qui naissent, meurent et renaissent chez chacun, à chaque époque, dans nos éternels balbutiements amoureux. Une façon de disséquer l'amour, peut-être mais pas trop, car ce qui émerge sous le scalpel, inévitablement, c'est encore une histoire d'amour.

Le texte, librement inspiré des quatre personnages principaux du Fils naturel de Denis Diderot, façonné dans un langage tiré comme un arc à travers deux siècles d'écriture dramatique, revendique une certaine intemporalité. La pièce ne se situe pas à une époque ni dans un lieu ciblés, mais au cœur d'une relation, ou plutôt d'une trame relationnelle qui occupe tous les temps, en tout lieu.

fils nat. n'est pas une comédie, ni une tragédie. Ce n'est pas non plus un drame bourgeois d'après Diderot. Alors ? C'est une pièce de théâtre qu'il faut jouer et, par extension, qu'il faut donc voir !