Nathalie Sarraute Elle
est là et C'est
beau mise en scène Michel Raskine
Présentation :
Affalé au milieu d'un escalier qui mène
on ne sait où, un homme regarde nerveusement la télévision.
Il est vêtu élégamment, comme s'il arrivait d'une soirée
chic, il discute avec un autre homme, en bas, complètement angoissé.
A propos de pas grand chose. De quelque chose qui, ailleurs, paraîtrait
tout à fait anodin. Mais ici, nous sommes chez Nathalie Sarraute, au coeur
de son théâtre, peuplé de personnages empêtrés
dans des situations absurdes qu'ils ont eux-même fabriquées, dans
lesquelles ils se sont piégés. Cet homme sans nom, désigné
comme H2, est obsédé par une femme. Plus précisément:
par ce que cette femme, sa collaboratrice de travail, aurait dans la tête.
Une idée dont il se méfie, qu'il veut à tout prix , jusqu'à
l'obsession, jusqu'à la paranoïa, extirper, anéantir Cette
femme, qui surgit en haut de l'escalier ou bien d'une trappe dissimulée
dans une marche, on va ensuite la retrouver chez elle, en famille, victime à
son tour d'une sorte de phobie: l'impossibilité de prononcer la phrase
"c'est beau" en présence de son fils... Le pouvoir des mots,
la fascination et la peur quasi religieuse qu'ils provoquent, la part d'irrationnel
mise à jour par l'incapacité à les maîtriser, nous
voilà effectivement chez Nathalie Sarraute. Et dans une mise en scène
de Michel Raskine dont on connaît le goût, et le talent, pour un théâtre
du concret, un théâtre physique. A priori, les deux n'étaient
pas faits pour se rencontrer, mais les contraires s'attirent. Et Michel Raskine
aime tellement l'intelligence de Nathalie Sarraute, son ironie, la concision tranchante
de son écriture, que, faute de pouvoir choisir, il a réuni deux
pièces Elle est là, C'est
beau, en un seul spectacle. Diptyque donné sans entracte dans le
même décor, si ce n'est que l'escalier de la première partie
se retourne, dévoilant sa charpente, son squelette, son intimité.
- "Comme si la seconde pièce était déjà
contenue dans la première, et que les deux étaient reliées
par un fil rouge: le personnage de la femme (Marief Guittier). Elle est
la même, d'abord confrontée aux relations exacerbées jusqu'à
la névrose de sa vie professionnelle, et puis surprise sans apparat, dans
les relations non moins malades de sa vie privée, face à un enfant
supérieurement intelligent, dont la seule présence met ses parents
en difficulté. "Le véritable sujet est là: la présence
de l'autre et la monstrueuse anxiété qu'elle génère.
Nathalie Sarraute pose le problème avec une infinie subtilité, sans
indiquer le mode d'emploi. A partir des seuls dialogues, qui d'ailleurs la plupart
du temps ressembleraient plutôt à des monologues entrecroisés,
elle nous oblige à tout un travail de réflexion, de gestion, de
négociation. "La première partie se passe dans la tête
de H2. Alors, comment, avec du bois, de la toile, des clous, de la peinture, représenter
un univers mental? La réponse se trouve dans la façon dont est traité
l'espace scénique, un lieu fermé, boîte saignante où
les personnages sont vus comme à la loupe, et puis il s'inverse, se modifie,
il s'adapte aux glissements progressifs du mouvement dramaturgique. "L'univers
clos par instant se lézarde, laisse filtrer l'inconnu, montre ses failles.
C'est par là que surgit l'obsession: la femme avec son idée dans
la tête. A trois reprises, elle apparaît, à des moments de
crise aiguë chez H2. Et je suppose chez Nathalie Sarraute écrivant.
Sans cette apparition, la discussion ne pourrait plus avancer, la pièce
devrait s'arrêter... " Nous ne sommes pas là dans un univers
purement cérébral, ni dans un théâtre de la nostalgie.
Débordant d'énergie et même de fureur radieuse, il s'incarne
dans les comédiens, va de l'avant, court après le mot qui suit,
mot essentiel pour continuer à être là, lucide, et vivre.
Essentiel pour trouver une solution qui d'ailleurs n'est jamais donnée...C'est
un théâtre en marche". Colette
Godard
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