Michel Quint Effroyables Jardins
mise en scène de Gérard Gélas

Présentation :


" Je prépare au Luxembourg, la mise en scène des Affaires sont les affaires d’Octave Mirbeau, une saga libertaire annonçant dès 1902 le règne de l’Argent Roi sous lequel nous vivons, ou survivons aujourd’hui, quand Emile Herlic me donne à lire Effroyable jardins , un texte simple et splendide qui à travers une histoire d’homme vient au bon moment, pour moi, nous parler de la résistance à l’oppression, à toutes les oppressions ; et nous parler aussi de la transmission de certaines valeurs qui nous aideront, conjuguées à la mémoire, comme le narrateur avec ou sans nez rouge, à venir témoigner au procès d’un Papon, ou de tout autre moderne barbare, qu’il y a un sens à la vie dès lors que l’on sait dire non. Qu’il y a aussi une chaîne, un sens qui unit ou qui sépare parmi les tribus humaines.
Dans le texte de Quint, c’est peu de dire qu’il y a connivence, et contre toute attente, entre le soldat allemand de l’armée hitlérienne et ses prisonniers français, alors qu’il n’y a rien d’autre que la trahison entre les gendarmes de la République et les résistants de leur pays qu’ils vont dénoncer à l’autorité nazie pour une misérable histoire de jalousie footbalistique.
Et pourtant salauds ou victimes, libérateurs ou dénonciateurs, tout cela se fait et se joue dans l’homme car avant que l’on choisisse son camp, pour autant qu’on le choisisse, il y a certainement en nous à l’état brut, les graines du bien et du mal. A chacun de décider ce qu’il veut semer en son jardin. Cela m’invita à décider de confier ce récit à un seul acteur, Jean-Paul Farré, capable comme grand comédien qu’il est, d’incarner aussi bien la nuit que le jour, la liberté ou l’oppression. Les paysages, les situations ; les sentiments, nous les lirons dans sa gestuelle, sur son visage, dans les modulations de sa voix, et ce, non pas dans la gamme que Jean-Paul maîtrise mieux que quiconque mais plutôt dans l’incarnation des personnages de Quint, cette symphonie où les solistes sont des gens du peuple, ce peuple tant absent de la scène théâtrale française et qui a pourtant tant à nous dire sur tous les Papon de la terre et sur leurs descendants qui, imperturbablement, continuent à saccager les beaux jardins de l’homme jusqu’à les rendre effroyables. "

Gérard Gélas




" Je ne sais pas si j’ai bien fait de tout déballer cette vieille affaire de famille… Une anecdote de la seconde guerre comme il y en a mille, et même pas héroïque… D’abord vous avez les vôtres, d’affaires, et puis vous allez peut-être m’en vouloir… Parce que c’est quand même plus confortable, je le sais d’expérience, vu qu’avant d’écrire ce bazar, j’avais ma tranquillité, c’était plus confortable d’ignorer, d’avoir oublié complètement… Je veux dire : de plus faire le lien entre les effroyables jardins de nos mémoires et les autres, qui continuent à fleurir sauvage, partout et sans cesse. Parce que la barbarie c’est pas que de l’autrefois, une vieille maladie circonscrite dans l’Histoire et vaccinable à coups de dépôts de gerbes et de commémorations. C’est du passé vivant. Evidemment, malgré tout, vécue, racontée par un clown à trois ronds, cette affaire prend tout de suite une tournure officielle ! Et les personnages simples, le papa, le cousin, la sœur, et Nicole et l’ami Fritz, on peut faire confiance à Jean-Paul Farré, avec sa bille de tragédien recyclé, pour leur donner de la stature de héros ! D’ailleurs au fond, le problème est là : est-ce que vous pouvez, vous spectateurs, nous faire confiance ? Croire que le pire n’arrête pas de survenir et qu’on peut quand même croire en l’humanité, faut au moins être clown pour avoir cette audace ! C’est donc à cela qu’on vous convie : comme Jean-Paul Farré et Gérard Gélas, mettez un nez rouge, ce soir, et sûrement que le monde sera pas moins cruel mais peut-être qu’on sera un petit plus des hommes qui n’en détournent pas le regard. "

Michel Quint, écrivain









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