Jean-Luc Lagarce Derniers remords avant l’oubli
mise en scène de Jean-Pierre Vincent

Notes de l'auteur :



Note biographique pour « un parcours d’auteur » en mars 90 à l’occasion de la mise en espace de Derniers remords avant l’oubli par Hans Peter Cloos.

Être un amateur, "celui qui aime", un auteur amateur. Et aimer encore être amateur. Piéton aussi et promeneur, c'est possible. Ne pas dire le mot "professionnel de l'écriture", s'en garder, prendre ce risque. Tant pis. S'enfuir quand on vous parle d'écrire comme métier au mépris de toute logique et nier devant les douaniers ou les réducteurs de têtes. Écrire pour soi, sans le savoir, et pour deux ou trois autres, une seule personne parfois et seulement, ensuite, par lâcheté ou pour abîmer les choses ou pour s'en débarrasser ou, plus probable, s'obliger à les admettre, noires sur blanc, avouer aux autres, tous les autres, donner à lire, perdre la pudeur, laisser s'échapper et se répandre.
Faire un métier.
Écrire à la place d'aimer, en guise d'aimer, ou pour aimer plus et faire de cette forme de l'amour un métier comme un autre. Il y a un nom. Parler beaucoup, écrire énormément, et longuement pour éviter dans le silence d'être interrogé. Avouer tout pour ne pas être questionné.

S'en moquer aussi. Un mot pour un autre, qu'est-ce que cela fait ? Écrire souvent d'ailleurs, "qu'est-ce que cela fait ?".Le penser vraiment. Les choses essentielles sont sans importance, et réciprocité, j'allais l'oublier.

Jean-Luc Lagarce





Note inédite sur la pièce, écrite pour la même occasion.

Un jour, on se dit que jamais plus on ne retournera dans cet endroit où on a vécu , avec ces gens qu'on croyait garder tout le reste de l'existence, on croit cela, on se le répète pour s'en persuader, c'est une des nombreuses décisions définitives qu'on croit prendre. Derniers remords avant l'oubli, c'est cela aussi, cette décision et encore, manière comme une autre d'en informer les principaux intéressés. Que cela puisse servir à d'autres fins, être le souvenir désenchanté « du bonheur des années soixante », c'est bien aussi. Mais cela n'aurait rien changé à la nécessité. Et la pièce parle de fait, elle essaie, de ce malentendu, ces petites escroqueries, la malhonnêteté comme art de vivre et le mensonge comme dernier rempart à la peur.

Jean-Luc Lagarce







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