| Svetlana
Alexievitch Les Cercueils de zinc mise en scène Jacques Nichet Extrait : (...) « J’entends la sonnette. Je cours ouvrir : personne. Je me demande : et si c’était mon fils qui était revenu ?… Deux jours après, des militaires viennent frapper à ma porte. C’est devenu tout silencieux. Dans l’entrée, je m’agenouille devant le miroir : - Mon Dieu, mon Dieu ! Mon petit Jésus ! Sur ma table, il y a encore une lettre que j’avais commencé à lui écrire : « Bonjour, mon petit garçon ! J’ai reçu ta lettre et j’en suis très heureuse. Elle ne contient pas une seule faute de grammaire. Seulement deux fautes de syntaxe, comme dans la précédente : « selon moi » est une incise et « pour autant que » une locution conjonctive qui ne prend pas de virgule, tandis que, après « selon moi », il faut une virgule. Il ne faut pas que tu en veuilles à ta maman. …En Afghanistan, il fait chaud, mon petit. Tâche de ne pas t’enrhumer, toi qui attrapes toujours des refroidissements… » Au cimetière tout le monde se taisait, et pourtant il y avait beaucoup de monde. Je tenais un tournevis, ils n’avaient pas pu me le prendre. - Laissez-moi voir mon fils… Laissez-moi ouvrir… Je voulais ouvrir le cercueil de zinc avec ce tournevis. Mon mari a tenté de mettre fin à ses jours : - Je ne vivrai pas. Pardon, la mère, mais je ne veux plus vivre. Moi, j’essayais de le dissuader : - Il faut lui faire un monument, il faut carreler la tombe… Il ne pouvait plus dormir. Il disait : - Quand je m’endors, notre garçon revient. Il m’embrasse, il m’étreint… On a suivi la coutume ancienne et on a gardé un pain pendant quarante jours après l’enterrement… Au bout de trois semaines, il s’est complètement effrité. Cela signifie que la famille est perdue… J’ai accroché ses photos partout dans la maison. Cela me soulage, mais pour mon mari, c’était trop dur. - Enlève-les. Il me regarde… » (...) © 2001 "Théâtre-contemporain.net". Tous droits réservés. |