Pier Paolo Pasolini Affabulazione
mise en scène de Arnaud Meunier

Extraits :


(...)

Le père :

" Pourquoi - je me demande - pourquoi mon fils est-il si blond ?
Voilà, je dois penser à çà, à ce phénomène-là,
d'abord, l'étrange phénomène de la blondeur.
C'est vrai qu'il y a eu des grand-pères blonds,
des propriétaires terriens genre navets
ne parlant que le milanais, obstinément. Mais ce blond-là
sur cette caboche-là de mon fils, héritier
d'industrie est d'un blond qu'ont seulement
certains marins, véritables gens du peuple,
serviles - mais qui se donnent de grands airs justement
à cause de cet or mal tondu - ou posé comme
un gros casque barbare en éventail
sur le front - et qui paraît calleux comme les mains.

Ma femme m'aurait-elle trompé avec quelque
préposé au travaux de notre yacht en Ligurie ? "

(...)


(...)

Le spectre de Sophocle :

" Au théâtre, le mot vit d'une double gloire,
nulle part il n'est à ce point glorifié. Pourquoi ?
Parce qu'il est à la fois écrit et proféré.
Il est écrit, comme le mot d'Homère
mais dans le même temps, il est parlé, comme les mots
que s'échangent entre eux deux hommes au travail,
ou une bande de garçons, ou des filles au lavoir,
ou des femmes au marché - comme les pauvres mots, en somme,
qui se disent tous les jours et s'envolent avec la vie :
ces mots-là non écrits qui sont plus beaux que tout. […]

L'homme ne s'avise de la réalité
que quand il l'a représentée.
Et rien, jamais, n'a pu mieux la représenter que le théâtre. "

(...)













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