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Notes d'intention du metteur en scène Nino D’Introna

En lisant la pièce de Stéphane Jaubertie pour la première fois, et sans l’avoir jamais rencontré, j’ai eu une idée de l’homme qu’il était. J’ai dit aux comédiens : « à mon avis, c’est quelqu’un qui doit aimer manger, qui doit être du sud de la France… ». Je me suis approché de sa personnalité de façon humaine et pas professionnelle, pour découvrir la part de sincérité qu’il avait mise dans sa pièce. J’ai senti que nous étions sur la même longueur d’onde, avec la même sensibilité, que nous portions le même regard sur le monde.

J’ai découvert un auteur dynamique, qui est aussi comédien, et qui partage ma volonté de faire un théâtre qui traverse les âges, s’adresse à tous.
Dans la pièce, Yaël grandit en découvrant la peinture.
Son imaginaire, au début incertain, se fortifie, jusqu’à devenir un parcours vers l’âge adulte. Moi aussi je suis comme Yaël, à 50 ans, je réalise de mieux en mieux les choses, j’affirme davantage mon identité tout en continuant à évoluer. Cette pièce colle à l’idée que je me fais du théâtre, à l’idée même de Théâtre Nouvelle Génération, elle colle aussi à l’équipe de comédiens avec lesquels je travaille. C’était d’ailleurs une évidence que Cédric Marchal, déjà présent pour « L’arbre », serait le héros. C’est un comédien d’une immense sensibilité, capable de retenir l’émotion, d’être sur le fil. Il est Yaël.
La présence du texte étant énorme, j’ai fait appel à un univers visuel très évocateur. J’ai tout de suite eu le désir de travailler sur l’idée du blanc, et sur l’idée de deux espaces, les plus sobres possibles, pour faire ressortir le texte. Mon but étant de trouver un équilibre entre évoquer et montrer les choses.
A travers la peinture, le texte met déjà en jeu l’idée d’un acte artistique qui donne des suggestions au public, plutôt que des représentations. La mise en scène doit donc rester sur cette idée de contraste entre la représentation de l’art et son évocation. La peinture, comme le théâtre, cherche constamment à savoir comment évoquer, suggérer, trahir les images de la réalité, comment aller plus loin, pour donner au spectateur de l’espace pour rêver.
Comme il y a beaucoup de paroles, j’ai aussi introduit quelques respirations musicales et sonores : le bruit de la mer, celui des animaux…

Le parti pris visuel a été de transformer le plateau en une sorte de peinture tridimensionnelle. Que le public puisse regarder ce plateau comme un cadre, à l’intérieur duquel se déroule l’histoire de Yaël Tautavel. Et que la toile qui se trouve sur ce cadre, soit un élément malléable. Une surface immaculée pouvant être peinte et prendre diverses formes. La tridimensionnalité étant déterminée par le fait que cet élément bouge, et qu’il crée un espace de profondeur à l’intérieur du plateau. Cette ‘’toile vivante’’ devient alors tous les éléments du spectacle. Elle peut être un ciel, tomber à terre et devenir la mer etc.. C’est ce parti pris très fort, ce plateau totalement épuré, qui détermine toute l’armature du spectacle, jusqu’au jeu des comédiens. Ceux-ci peuvent intervenir en direct sur cette toile blanche, en dessinant dessus de façon éphémère, par rétro projection. La couleur donne corps à l’imagination, puis s’efface, pour que la toile se transforme à nouveau. Pour réaliser cette prouesse, j’ai une nouvelle fois demandé à Charles Rios de jouer les magiciens, et à Andrea Abbatangelo de faire des merveilles avec les lumières.
Ce spectacle a instauré une vraie complicité entre Stéphane Jaubertie et moi. Sa prochaine pièce, « Jojo au bord du monde », sera créée en mars 2008 au TNG, et je la mettrai en scène. Je suis heureux de travailler à nouveau avec lui, car nous revendiquons tous les deux un théâtre qui met en valeur la lumière, plutôt que l’obscurité. Un théâtre positif, constructif, qui donne de l’espoir au public et non du désespoir.

Nino D’Introna