Les pommes de la terre a été créé dans le cadre d’un programme psychologique dans la colonie de détention Shahovo IK-6, dans la région de la ville d'Orel, en Russie. Le
spectacle est le fruit d’une série d’entretiens avec les détenues sur la relation mère-fille.
"Quand nous sommes partis à Shahovo pour la première fois, nous ne savions pas ce qui nous attendait. Nous avions beaucoup fantasmé sur les prisons, les convois, les contrôles et
autres attributs exotiques d’une colonie de détention. Mais la rencontre humaine a battu tous les phantasmes – il y a eu un vrai échange.
Tous - les femmes détenues et nous les artistes - étions en recherche de quelque chose. Et nous avons pu le trouver les uns chez les autres."
Ekaterana Narshi et Aglaïa Romanovskaïa
sept destins, sept…
… histoires de filles, dont le personnage principal est la Mère. — "Je suis punie" — Le fait d’être détenue remue chez chacune des femmes des choses de l’ordre de l’enfance. "Comment je me suis retrouvée là ?" De là commence le dialogue avec l’enfant en soi. Et finalement "qui est ma mère ?"
Je disais que j'allais la tuer…
Les bribes de souvenirs et de sensations enfantines forment un kaléidoscope poétique et dépareillé, touchant et effrayant à la fois. Tel un film de David Lynch, toutes les histoires mènent vers une seule - celle qui est fondée sur l’histoire d’un parricide.
Le décor
4 tabourets blancs, une chaise blanche et du papier blanc sur les murs suggèrent un espace qui se module dans l’imaginaire du spectateur. Les costumes et quelques accessoires font référence lointaine à une colonie de détention.
Les personnages
Quatre actrices sont porte-parole des personnages qui changent à chaque histoire. Le texte n’est pas joué, mais vécu, traité, transposé par des corps. Le texte est corps.
"J’ai toujours voulu travailler dans mon pays natal. Comme je suis un hybride de la culture de l’Ouest et de l’Est, j’ai toujours emmené le théâtre contemporain occidental en Russie et le théâtre russe en France. Après plusieurs années de collaboration artistique et d’amitié avec l’équipe de teatr.doc, j’ai voulu tenter la mise en scène à Moscou. En plus ce thème est pour moi autobiographique. J’ai l’impression qu’il est venu me chercher pour me ramener là d’où je viens.
Nous avons travaillé par couches. En commençant par des exercices de présence, une prise de contact avec le matériel, le plateau, le texte et le soi créatif. Ce que le spectateur voit, ce n’est que des restes d’un long chemin. Il ne voit pas de représentation des personnages, mais l‘acteur au travail. C’est cela qui donne de la verticalité à l’histoire. Pour nous il s’agit d’une seule histoire, une histoire verticale, celle qui traverse toutes les histoires et qui est bien plus terrifiante que le contenu des histoires particulières. C’est l’histoire de l’être humain ici et maintenant.
Quand les actrices ont vu la pièce, elles étaient dans un état de choc. Une impasse. Nombre et présence des personnages - indéfini. Absence totale de dialogues et de situations. Rien d’habituel, rien qu’une explosion. Une explosion de différentes formes de réalité. Un montage, collage, une oeuvre de la microphysique ou une symphonie complexe de Schönberg. Tout court : une pièce – paysage. Et il fallait l’aborder d’une façon autre. C’est la seule chose dont on était sûr."
Aglaïa Romanovskaïa
"Je voulais passer à un autre stade d’écriture dramatique. A un autre stade de description de réalité. La resserrer, la condenser. Pour n’en extraire que l’essentiel."
Ekaterina Narshi
… théâtre du silence et du geste, théâtre d’objet, danse qui parle, concert en actes; l’écriture dramatique ne saurait plus s‘arroger un quelconque monopole du jeu, tant les autres disciplines artistiques comptent aujourd’hui dans le travail de l’écoute et du regard. Mots perdus, langues superposées, éclats de voix, injures, cris, soliloques, ce brouhaha d’après Babel semble recouvrir les ruines du dialogue.
Bernard Guittet
pédagogue
Le projet du théâtre documentaire est un projet innovateur, né d’un séminaire, organisé par le théâtre Royal Court de Londres et le British Council à Moscou en 2000. Les spectacles, crées avec la technique Verbatim (utilisant strictement les textes de gens réels), traitent souvent des thèmes de l’actualité et de problèmes de la vie quotidienne. Depuis 4 ans le projet s’est transformé en un mouvement du théâtre de recherche. En février 2002, avec le soutien du Comité de Culture de la ville de Moscou, l’institut "Société Ouverte" (Soros Foundation), l’Union Européenne et beaucoup d’engagement individuel, le lieu teatr.doc a pu voir le jour.
"Au début du travail tu ne connais ni le thème, ni les personnages - tu n’as que l’objet de ta recherche. Et tu dois te fier au fait que le processus va t’emmener au thème, aux personnages, au sujet et à la structure. Si tu tentes de les définir en avance - c’est le moment où tu arrêtes d’écouter. Le processus de travail fait assez peur, parce que tu pars de zéro, et tu peux avoir zéro résultat. Mais tu dois faire confiance à toi-même. Faire confiance à l’objet. Et – ce qui est le plus important - faire confiance aux gens à qui tu prends l’interview."
Stephen Dauldry
" Elles parlaient de la mère assez facilement. Certaines avec pudeur, d’autres avec agression. Quelqu'un était en larme et demandait un tête à tête à une de nous deux. Pour que l’échange soit généreux, Katia et moi, nous avons fait part de nos propres histoires maternelles. Un pont s’est établi. D’abord traversaient celles qui n’étaient pas rongées par la culpabilité. Ensuite suivaient celles qui avaient mal. Quand nous sommes parties, nous avons senti une énorme responsabilité vis-à-vis de ces bandes sonores."
Aglaïa Romanovskaïa