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Notes d’intention

Le feu, l’eau, la table sur laquelle nous mangeons seuls, ou en famille, la vaisselle, la nourriture, la poubelle...
Luxueuse ou modeste, jaune ou bleue, du XVIIIe siècle ou d’aujourd’hui, avec ou sans électricité ou eau courante, à Toulouse, Moscou ou Vancouver, la cuisine est le lieu où, dans l’effort quotidien, la vie s’entretient.
C’est là que, depuis que nous habitons les maisons et les villes, nous rencontrons les éléments, les plantes et les animaux.
C’est là que se prennent les plus grandes décisions. C’est là que se révèle le plus rapidement et le plus clairement notre rapport à la société et son rapport avec nous.
C’est là que devant soi ou les siens on rend les comptes les plus lourds. En fixant sur le plateau une cuisine habitée par différents personnages dans des époques et des cultures différentes, on questionne les différences et les ressemblances, la simultanéité et la constance des situations humaines.

Mladen Materic


Les médias contemporains (télévision, ordinateur, cinéma) ont, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, réussi à transmettre ou présenter simultanément l’image-action, le bruit-musique et paroles dites ou écrites.
En même temps, dans la vie réelle, pour des raisons de multiplication importante des impulsions que nous recevons, et pour d’autres raisons qu’il faut explorer, l’écart entre ce que nous voyons, ce que nous écoutons et ce que nous lisons – comprenons – semble s’élargir jusqu’à incapacité de différencier la réalité et la représentation de cette réalité.
En approchant le thème de la cuisine, le vrai théâtre de la vie quotidienne, j’ai l’intention de décomposer le langage théâtral, lui aussi constitué des images-action, bruit-musique et paroles, afin de réunir ces éléments, avec la même approche que – pour simplifier l’explication – celle de Sergeï Eisenstein.
Le but étant d’interroger la nature de nos rapports avec la réalité dans le passé, le présent et le futur.

Peter Handke