Nous entrons dans une pièce vide avec un lit au centre. Nous nous demandons ce qu’est ce lit : un refuge ? une paresse paisible ? une fin ? Il y a un voyage dans le temps et dans l’espace autour de ce catafalque et ce qui met tout en mouvement est une chose que nous ne pouvons pas comprendre. La pièce dans laquelle nous entrons est un trou sur le rien. C’est l’endroit où pour un instant l’âme est suspendue dans l’air avant de se détacher du corps.
Une mère regarde avec des yeux doux et tristes ses trois fils devant elle et leur enseigne que la vie est la chose la plus précieuse, c’est quelque chose qui fuit, qui passe. La vie est une course autour de ce lit. Vita Mia est la tentative folle et désespérée de retarder jusqu’au bout de ses forces la dernière danse avant la mort.
Qui a été choisi ? A qui le tour ? Au plus âgé ou au plus jeune ? Au plus gentil ou au plus méchant ? Et surtout pourquoi c’est au tour de celui qui n’est pas encore prêt, de celui qui ne s’est pas encore arrêté, de celui qui garde dans son corps les impulsions de la vie, les idées, les découvertes, les questions, les projets, les débordements d’énergie?
Parmi Gaspar, Uccio et Chicco, il y a un mort qui doit occuper ce lit, mais la mère ne veut rien savoir, elle vacille, elle s’assoit, elle penche la tête de côté et elle regarde
un à un les hommes de sa maison : le grand, le deuxième, le cadet... Comment fait-elle pour sentir « sien » ce fils mort ? Avec quel courage le portera-t-elle dans
ses bras sur le lit, après l’avoir habillé et lui avoir murmuré à l’oreille des mots d’amour ? Comment feront ses jambes pour ne pas céder brusquement ? Tout est
immobile : les gestes, les souvenirs, les mots de réconfort, les remords, cette dernière pulsation du coeur qui se répète à l’infini. Vita Mia est une veillée.
Ce lit est un bateau de pierre et cette pièce est la mer qui nous aspire et disparaît.
EMMA DANTE