J’ai écrit « Vienne 1913 » sous le coup d’un « trouble » vis-à-vis de cette courte période,1910-1913, juste avant la 1ère guerre mondiale, pendant laquelle se nouent à Vienne quelques-uns des fils qui vont se révéler déterminants : on assiste en effet à la première grande scission de l’histoire du milieu analytique, celle entre Freud et Jung.
Or le conflit entre Freud et Jung se produit au moment où, dans le milieu intellectuel viennois, se diffusent les idées de Chamberlain, et surtout de Wagner, que Hitler
reconnaît comme son seul véritable « maître », univoque, qui est l’antisémitisme. au sujet de « l’homme aryen ».
Ce qui m’a intéressé, et j’ai suivi en cela plusieurs de ses biographes, c’est l’idée de ne pas faire du jeune Hitler une brute perverse et xénophobe. Le jeune Hitler a certes
une culture traditionnelle et nationaliste, il est « amoureux » de la grande culture germanique, mais il est révolté par le simplisme des idées racistes et
antisémites. A partir de là, j’ai essayé de comprendre, de penser, comment ce jeune homme « banal », assez perdu, animé d’une curiosité d’auto-didacte qui lui
fait lire, écouter, regarder ce qui se passe autour de lui, au sein d’une société elle-même en proie à une grande confusion, en arrive à cette sorte d’illumination dont il est
question dans « Mein Kampf », ou brusquement la réalité s’ordonne, autour d’une explication Je n’ai absolument pas voulu psychanalyser Hitler. Le basculement du
côté du mal demeure pour moi un mystère, que je veux laisser entier, sans chercher à le réduire par une explication psychanalytique.
Alain Didier-Weill